Transports : Le Dreamliner 787 de Boeing donne des cauchemars aux assureurs des compagnies aériennes

Les déboires du 787 de Boeing vont faire peser des coûts sérieux pour les compagnies aériennes ANA et JAL. Les assureurs sont en alerte. 

Depuis jeudi, tous les avions de Boeing 787 Dreamliner sont cloués au sol jusqu’à nouvel ordre de l’autorité américaine de sécurité aérienne (FAA). En cause : les batteries lithium ion qui ont été à l’origine de deux incidents obligeant des avions à se poser en toute urgence.

Si les ingénieurs de Boeing, des équipementiers et des compagnies aériennes sont sur le pont pour régler au plus vite ce problème, les compagnies aériennes ne manqueront pas de demander des comptes à Boeing si sa responsabilité industrielle est bien établie.

« Il faudra évidemment beaucoup de temps pour réaliser l’analyse technique déterminant les responsabilités de l’avionneur, des équipementiers ou des fournisseurs », rappelle Thierry Colliot, directeur souscription aviation chez Allianz AGCS.

1,1M de dollars par jour pour l’ANA

Après une analyse industrielle rigoureuse en un va-et-vient entre les compagnies, l’avionneur, l’équipementier ; les assureurs des compagnies (de 10 à 20 assureurs habituellement) devront alors déterminer la perte financière exacte subie par les exploitants, dépendant de la rotation de l’avion, de son taux de remplissage…

All Nippon Airlines (ANA) et Japan Airlines (JAL) sont aujourd’hui les plus touchées avec 24 avions interdits de vols, soit la moitié des Dreamliners aujourd’hui en service.

L’ANA a annoncé, lundi 21 janvier,  l’annulation de 335 vols (dont 43 internationaux) entre le 16 et le 27 janvier. Près de 48.000 passagers devraient être concernés. Japan Airlines a ainsi annoncé, jeudi 17 janvier, l’annulation de huit vols entre Tokyo et San Diego jusqu’au 25 janvier, ainsi que le transfert de 70 autres vols sur d’autres avions.

Pour l’ANA, qui exploite 17 avions, le maintien au sol des 787 lui coûterait plus de 1,1M de dollars (825.000 euros) par jour selon les analystes de Mizuho Securities.

Dans ce type de situation, les compagnies étant appelées à opérer des transferts de passagers vers d’autres vols, à louer des avions de remplacement et à laisser sur le tarmac des avions pour un coût très élevé (taxes, parking, entretien…).

Jusqu’à 100 à 125M de dollars de garanties “grounding”

Bien établie, « la couverture de ce type d’incident fait partie des garanties accessoires des polices aéronautiques. Ces garanties de « grounding » (au sol, littéralement), liées à la garantie en responsabilité civile, peuvent s’élever généralement jusqu’à 100 à 125M de dollars », explique Thierry Colliot, chez AGCS alors que les garanties en RS peuvent atteindre 2,5Mds de dollars par sinistre.

En extrapolant, on pourrait donc estimer que l’ANA qui dispose de 16 Dreamliner pourrait être couverte pendant environ 113 jours au maximum .

La décision de l’autorité américaine de sécurité aérienne n’a pas de précédent depuis 1979. Au final, « la FAA n’a pas hésité à bloquer les 787 de Boeing malgré la concurrence acharnée avec Airbus. Cette prise de décision lourde de conséquence, notamment pour l’image de Boeing, ne pourrait pourtant répondre qu’à un simple principe de précaution de la FAA », tranche Thierry Colliot. Une nouvelle rassurante pour la sécurité des passagers, moins pour les assureurs.

                                                                                         Crédit photos: Flikr CC_Jun_Seita