Santé/Stress au travail : Des entreprises agissent mais l’accord national reste peu prisé

    Confrontés au stress au travail et au mal-être des salariés, des entreprises ont tenté de réagir individuellement, et au niveau interprofessionnel, par la signature d’un accord avec les syndicats en novembre 2008, resté pour le moment pratiquement lettre morte.

    Le ministre du Travail Xavier Darcos a déclaré mardi qu’il fallait “à tout prix” que “toutes les grandes entreprises transcrivent” cet accord national sur le stress au travail. Ce texte, qui transpose lui-même un accord-cadre européen de 2004, vise à “augmenter la prise de conscience et la compréhension du stress au travail, par les employeurs, les salariés et leurs représentants” et “attirer leur attention sur les signes susceptibles d’indiquer des problèmes de stress au travail”.

    La présidente du Medef, Laurence Parisot, a elle demandé lundi aux présidents de fédérations professionnelles “d’engager les discussions” pour le “décliner” concrètement. Selon l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), cet accord a déjà contribué à ce que le stress soit “remis à l’ordre du jour dans les entreprises”. “C’était un sujet tabou. Mais depuis une douzaine d’années, avec la pressurisation grandissante des salariés, c’est devenu une préoccupation et les suicides chez Renault (fin 2006-début 2007, ndlr) ont accru la prise de conscience, surtout dans les grands groupes qui ont des moyens”, selon Jean-Ange Lallican, président de la commission nationale sur le stress de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines.

    C’est souvent sous le coup de suicides que les entreprises ont agi, comme chez PSA (numéro vert d’écoute, cellules de veille) et EDF (numéro vert, observatoire national) en 2007 aussi. A la Société Générale, où la question du stress a été mise en exergue avec l’affaire Kerviel depuis janvier 2008, les discussions avec la direction n’ont cependant pas débouché sur du concret, selon une source syndicale qui souligne que de nouvelles procédures accroissent le stress.

    Les syndicats vont parfois en justice sur le sujet : il y a un an, la cour d’appel de Paris a donné raison au CHSCT (comité d’hygiène et de sécurité) d’IBM Paris Est qui avait décidé de recourir à une expertise indépendante sur le stress au travail, contre l’avis de la direction.
    C’est pourtant l’intérêt des entreprises de traiter le stress au travail, dont les conséquences économiques sont importantes: absentéisme, baisse de productivité et de qualité, et accidents du travail fréquents.

    Renault l’a bien saisi, estime la CGT. Le constructeur a lancé début 2007 un plan auprès de 15.000 salariés des sites d’ingéniérie: création de responsables de ressources humaines de proximité, réduction des horaires d’ouverture, possibilité de signalements aux médecins du travail…

    La CGT se félicite surtout d’une “modification de l’organisation du travail”, avec le non-cumul de fonctions de management et de conception des véhicules notamment. “Les réflexions sur le contenu et la charge de travail se multiplient”, se félicite Philippe Douillet de l’Anact, qui relève que “les entreprises ne nous saisissent plus seulement à chaud, en période de crise, mais aussi à froid”. “Le chantier est immense”, ajoute-t-il, alors que les entreprises doivent actuellement gérer les effets des plans sociaux sur le moral des salariés.

    Avec AFP