Avec des taux d’intérêts particulièrement faibles, alors que les banques se livrent toujours bataille sur le marché du crédit immobilier, le taux moyen sur 20 ans obtenu par les emprunteurs s’établissait fin novembre à 1,05% selon le courtier Empruntis. Dans un tel contexte, le coût de l’assurance emprunteur dépasse souvent celui des intérêts payés. La tentation est grande d’animer la concurrence en allant voir du côté des assureurs alternatifs. En même temps, 25 ans après la signature de la convention Aeras, certains emprunteurs peinent toujours à s’assurer : souffrant ou ayant souffert d’une pathologie grave comme un cancer, une hépatite, une maladie cardiovasculaire ou le VIH, et en dépit de la multiplication des acteurs et d’une offre pléthorique, le prix de l’assurance peut être jugé trop élevé et faire obstacle à un projet immobilier. A tel point que des députés ont déposé un amendement au projet de loi de finance 2022 afin de créer des contrats d’assurance emprunteur « inclusifs » sans questionnaire de santé, avec une incitation fiscale à la clef.

Cette démarche n’a pas eu de suite, mais les projecteurs ont été braqués par le Groupe Crédit Mutuel sur le questionnaire de santé et la sélection médicale. Le 3ème acteur du marché de l’assurance de prêt a en effet annoncé mi-novembre renoncer à toute sélection médicale. Cette mesure est réservée aux clients titulaires d’un compte principal depuis sept ans au moins, âgés de 62 ans au plus, et qui contractent un crédit immobilier pour financer leur résidence principale à concurrence de 500 000 € par emprunteur. Cette innovation est réservée aux clients les plus fidèles, mais c’est une initiative forte qui a impressionné le marché. Plus de formalités médicales, quel que soit l’état de santé : finies les surprimes en cas de risque aggravé et l’exclusion de certaines pathologies. Les clients déjà assurés au Crédit Mutuel verront aussi le coût de leur assurance allégé des éventuelles surprimes.

Cette décision joue en faveur de l’inclusivité de tous les clients fidèles de la banque, mais elle n’est sans doute pas étrangère à la perspective de la résiliation à tout moment. Ainsi, le Crédit Mutuel peut légitimement s’attendre à fidéliser ses clients : faire jouer la concurrence auprès d’autres assureurs passera par l’étape questionnaire de santé. La banque se protège mieux d’un recours à la délégation d’assurance, dans un contexte où les acteurs dits alternatifs, apparus il y a une trentaine d’années, en même temps que la première convention sur les risques aggravés, sont désormais très nombreux.

Selon une idée reçue ces assureurs alternatifs se sont fait une spécialité de la conquête des plus jeunes emprunteurs : le questionnaire de santé et la segmentation des risques permettent de proposer des tarifs beaucoup plus attractifs que ceux des contrats groupe des bancassureurs. En réalité, ces nouveaux acteurs ne se sont jamais focalisés sur les meilleurs risques. Ils proposaient aussi non pas une alternative mais une solution aux risques de crête peu goûtés des banques : les emprunteurs les plus âgés, les capitaux assurés les plus élevés, et les risques aggravés. Il y a trente ans, les banques avaient un taux unique d’assurance emprunteur en fonction du capital, indépendant de l’âge, mais valable entre 25 et 65 ans seulement, ce qui les amenait à évincer certains profils. Au fil des années, les risques aggravés ont été de mieux en mieux pris en compte, et les droits des emprunteurs se sont renforcés. Désormais, les assurés peuvent dénoncer le contrat souscrit initialement, à tout moment, durant la première année de leur crédit puis avant chaque date anniversaire. Malgré tout, les bancassureurs conservent encore une part de marché de l’ordre de 85%.

En une trentaine d’années, les modèles ont évolué et se sont rapprochés. A l’origine, deux logiques étaient à l’œuvre. D’un côté, l’approche collective mutualisant les risques avec un contrat groupe, qui répond à un grand nombre d’assurés potentiels, mais qui met à l’écart les risques de crête, de l’autre, une approche individuelle qui segmente les risques au prix d’une sélection médicale, mais qui propose une solution au plus grand nombre.

Avec les années, la sélection est restée incontournable pour les contrats individuels, mais elle s’est profondément affinée, avec des questions devenues plus pertinentes et plus ciblées. A l’opposé, comme les emprunteurs sont plus libres d’adhérer au contrat groupe, le risque ne peut plus être apprécié de manière globale, au risque d’une antisélection : seuls ceux qui ont intérêt à adhérer au contrat groupe le feraient. Aussi, dans le cadre des reprises dites Bourquin, qui interviennent à l’anniversaire d’un contrat, certains assureurs alternatifs allègent leur sélection grâce à des procédures « coupe-circuit », considérant que l’emprunteur qui a pu s’assurer dans un contrat groupe a un profil de risque assez satisfaisant.

Il est légitime de s’interroger sur la manière dont ces acteurs vont adapter leur procédure Hamon-Bourquin communément appelée « coupe-circuit » aux demandes des clients du Crédit Mutuel, qui supprime toute sélection médicale. La perspective de la mise en œuvre de la résiliation infra annuelle pose aussi des questions : comment dans ce contexte pourraient réagir les différents acteurs, alors que l’adéquation du tarif au risque devient capitale.

Dans ce contexte, la juste appréciation des risques est cruciale. La complexité de cette démarche a heureusement été atténuée par les outils de sélection élaboré par les réassureurs. Si la sélection fait encore débat, c’est sans doute davantage à cause de freins psychologiques que de questions techniques ou éthiques, car les assureurs alternatifs, grâce aux réassureurs peuvent aller très loin dans l’acceptation des risques, en atteste le droit à l’oubli de la convention Aeras. De plus, nombre de banques ont-elles-même développé leur propre offre d’assurance individuelle alternative.

Cette transformation du marché s’est faite accompagnée d’une fluidification des processus de souscription opérée grâce aux outils numériques mis en place au cours des dernières années. Ces outils numériques existent grâce aux solutions de sélection médicale proposées par les réassureurs. Dans leurs versions les plus récentes, ces moteurs de règles s’intègrent parfaitement au parcours de vente et la tarification s’adapte à la politique de souscription et de gestion des risques de l’assureur. Le candidat à l’assurance peut lui-même renseigner son profil et envisager les différentes couvertures possibles puis choisir celle qui lui convient le mieux. Pour l’assureur ou le courtier, la solution de sélection médicale proposée s’intègre à sa plateforme digitale, et permet de proposer un outil de souscription intuitif et efficace, pour contribuer au développement d’un portefeuille d’assurance emprunteur.

PartnerRe est un réassureur reconnu et très actif sur le marché de l’assurance emprunteur. Ses équipes ont acquis une grande expérience en la matière et sont capables de vous accompagner dans vos réflexions sur plusieurs maillons de la chaine de valeur, tels que le développement de l’offre produit et son adéquation avec la cible d’assurés, la définition de la sélection médicale et sa mise en œuvre, ainsi que le monitoring et l’analyse de l’expérience. Dans la cadre de ses partenariats, PartnerRe met à disposition de ses clients son outil de e-sélection DUET Edge, outil de dernière génération entièrement personnalisable.

N’hésitez pas à contacter l’équipe :

Que pensez-vous du sujet ?