Réassurance : l’inévitable poursuite des opérations de concentration

Après une importante vague d’opérations de rapprochement en 2015, le secteur de la réassurance continue de se concentrer depuis 18 mois. Au cours de cette période, la valeur des opérations annoncées a représenté un total de 22 milliards de dollars.

Cette tendance s’inscrit dans le contexte d’un environnement tarifaire sous pression, particulièrement en réassurance non-vie, lui-même découlant d’un niveau de catastrophes naturelles en dessous des moyennes historiques. De ce fait, le niveau de concurrence sur le marché s’est graduellement intensifié en raison de l’afflux de capacités qui ont porté le montant des fonds propres investis à plus de 600 milliards de dollars à l’échelle mondiale. A noter que ce montant comprend environ 86 milliards de capacités dites alternatives, c’est-à-dire apportées par des intervenants autres que les réassureurs traditionnels et contribuant d’autant à entretenir la concurrence.

En l’absence d’évènement de nature à bouleverser les équilibres économiques du secteur, le niveau élevé de concurrence devrait persister au cours des deux prochaines années, en dépit des opérations de rapprochement déjà intervenues. Depuis le début de l’année, nous continuons d’observer une pression tarifaire à la baisse pour la plupart des lignes et ceci dans l’ensemble des régions du monde. Ainsi, les opportunités de croissance externe permettent-elles de compenser cette tendance défavorable grâce aux synergies et aux économies d’échelles qui en découlent. Par ailleurs, nous remarquons qu’un certain nombre d’opérations a pour principal objectif de diversifier le portefeuille d’activité des acquéreurs et renforcer leur positionnement sur les métiers encore en croissance, à l’image de la réassurance vie.

Les opérations de rapprochement entre réassureurs sont indéniablement porteuses d’effets positifs pour leur qualité de crédit. Toutefois, il existe des risques d’exécution liés à la plus ou moins bonne intégration des systèmes et des équipes et c’est pour cette raison que nous considérons ces opérations comme potentiellement risquées dans leur stade initial. Ceci vaut en particulier pour les acteurs n’ayant pas une expérience démontrée en matière d’intégration ou bien lorsque le prix payé pour l’acquisition s’avère particulièrement élevé.

L’analyse de 23 opérations de rapprochement intervenues au cours des trente derniers mois indique que les deux tiers n’ont pas eu d’impact, in fine, sur la perspective associée à la notation de l’acquéreur alors que cette même perspective avait été maintenue dans moins de un cas sur trois lors de l’annonce de l’opération. Nous pouvons donc en déduire que dans la plupart des cas, l’intégration des activités acquises s’est donc déroulée favorablement, sans détérioration de la qualité de crédit des acquéreurs, même lorsque la perspective avait initialement été modifiée dans un sens défavorable lors de l’annonce de l’opération.

Marc-Philippe Juilliard
Directeur,
S&P Global Ratings