Quels sont les impacts de la crise sur les retraites complémentaires ?

    Depuis plusieurs mois, nous vivons une crise économique et financière de grande ampleur, qui suscite inquiétude et questions : la retraite complémentaire Agirc-Arrco sera-t-elle impactée ? Comment est-elle gérée, et quelle sont les mesures prises par l’Agirc et l’Arrco pour pallier à d’éventuelles difficultés de conjoncture ? Philippe Goubeault, directeur Financier de l’Agirc-Arrco, vous apporte son éclairage.

    Y a-t-il un impact de la crise financière sur les retraites complémentaires ?

    Philippe Goubeault : Du point de vue financier, la réponse est clairement non. Rappelons que les régimes de retraite complémentaire Arrco et Agirc sont gérés en répartition : les cotisations versées par les salariés et leurs employeurs servent directement à payer les pensions des retraités. Le paiement des retraites est donc garanti par le versement des cotisations et non pas, comme dans un système géré en capitalisation, par des fonds placés sur les marchés financiers. Reste que la crise financière a des impacts sur l’économie, les emplois et les salaires. À ce titre, elle devrait avoir à terme des répercussions sur nos ressources.

    D’où viennent les réserves de l’Arrco et de l’Agirc ? Et à quoi servent-elles ?

    P.G. : Les partenaires sociaux, gestionnaires de l’Agirc et de l’Arrco, assurent les conditions de fonctionnement des régimes de retraite complémentaire. Par leurs décisions, ils ont permis, au fil du temps, la constitution de réserves d’un montant global équivalent à une année de cotisations. Les réserves de l’Arrco sont aujourd’hui estimées à 44 milliards d’euros. Celles de l’Agirc à 12,5 milliards d’euros.

    En cas de difficultés, ces réserves constituent un volant de sécurité appréciable.

    Comment sont gérées les réserves ?

    P.G. : Ces réserves font l’objet de placements à moyen et long termes qui sont soumis à des règles financières, définies par les partenaires sociaux, d’application très stricte. Le portefeuille est aujourd’hui composé de 24% d’actions et de 76% d’obligations, cette deuxième part comportant plus de 70% d’emprunts d’État.

    Quels sont les effets de la crise financière sur ces placements ?

    Elle n’a pas d’effet direct sur nos placements. Nous perdrions de l’argent si nous devions désinvestir, c’est-à-dire vendre nos actions en moins values. Ce qui ne sera pas le cas. Pour autant, nous avions estimé que nos placements nous rapporteraient en 2008, environ 1 milliard d’euros pour l’Arrco et 500 millions d’euros pour l’Agirc. En réalité, les résultats seront inférieurs à ceux escomptés.

    Comme les règles comptables nous l’imposent, nous serons amenés à inscrire une provision pour des moins values qui ne sont que “virtuelles”. D’où, en comptabilité, un résultat financier prévisionnel négatif. C’est technique tout simplement.

    Toutefois, j’ajouterai que, si l’année 2008 est une mauvaise année, les résultats de placement à long terme s’évaluent sur plusieurs exercices. Dans les années précédentes, les réserves ont été bien valorisées. Sur les dix dernières années, la performance moyenne annuelle est de 5,02 % pour l’Arrco et de 5,61% pour l’Agirc et ce, malgré les années de crise financière de 2001 et 2002.

    En 2007, l’Arrco a versé 37,37 milliards d’euros à 11,4 millions de retraités. L’Agirc a versé19,41 milliards d’euros à 2,28 millions de retraités.