Près de 70 % des personnes en demande d’aide sociale sont exposées à la souffrance psychique et au risque suicidaire

    A l’occasion des 13e Journées Nationales de Prévention du Suicide, le Professeur Michel Debout, Président de l’Union Nationale de Prévention du Suicide, a présenté les résultats d’une étude inédite, qu’il a initiée sur la précarité et le suicide. Cette étude* a été réalisée par ANACOM, en partenariat avec la Macif Prévention et avec la contribution du Docteur Jean-Jacques Moulin du CETAF.

    Menée d’une part auprès d’un échantillon de 2012 personnes majeures représentatives de la population française jointes au téléphone entre novembre et décembre, et d’autre part auprès de 312 personnes en difficulté ayant eu recours au Secours Populaire, cette étude met en avant la corrélation des deux phénomènes.

    En effet, 69 % des personnes se trouvant en situation de demande d’aide souffrent de problèmes psychiques graves pouvant les amener au suicide, contre un français sur cinq sur l’ensemble de l’échantillon interrogé. Parmi les personnes en situation de demande d’aide, une personne sur deux dit avoir déjà pensé au suicide, une sur trois y a sérieusement pensé et 15 % ont déjà été hospitalisées pour cette raison.

    Alors que le nombre de suicides en France ne diminue plus (environ 10 000), alors que la crise financière, économique et sociale menace des dizaines de milliers de Français, le Professeur Michel Debout attire l’attention des pouvoirs publics sur ce problème de santé publique majeure. Il émet plusieurs pistes de réflexion afin de prévenir ces situations d’isolement pouvant conduire au suicide :

    · La réunion d’une conférence de l’Humain sous l’autorité du gouvernement et réunissant les services de l’Etat compétents et les experts. Cette instance aurait pour mission de définir un plan sanitaire et solidaire visant à compléter le plan de relance économique.
    · Ce plan pourrait comprendre :
    – La mise en place systématique d’un dispositif d’écoute et de suivi solidaire dès la présentation d’un plan social aux partenaires sociaux afin d’accompagner psychologiquement et socialement les personnes perdant leur emploi ou restant dans l’entreprise mais dans des conditions professionnelles difficiles. Ce dispositif, à la charge de l’employeur, serait d’une durée de deux ans.
    – La mise en place d’un suivi par la médecine du travail en cas de situation professionnelle précaire ou de licenciement, en dehors de la visite médicale réglementaire.
    – La sensibilisation du secteur bancaire aux conséquences humaines et psychologiques du surendettement.
    – La création d’un observatoire du suicide afin de disposer de données et d’outils permettant de mieux connaître les circonstances des décès et mesurer le lien existant avec la vulnérabilité sociale ou les situations professionnelles difficiles, et de mieux prévenir le suicide.
    – Le renforcement des liens entre l’UNPS et les associations humanitaires.

    « Par la perte de leur emploi, les salariés voient disparaître leur contact avec le groupe social dans lequel ils avaient leur place, tant d’un point de vue économique que sociétal, souligne Michel Debout. Il est donc essentiel de maintenir ce lien social, notamment à travers un soutien et un accompagnement psychologique pour d’une part rester à leur écoute et d’autre part, veiller sur leur bonne santé. Cette démarche solidaire a pour but d’éviter que beaucoup d’entre eux culpabilisent de leur situation vécue qui résulte de fait, d’un système qui oublie que l’Humain fait partie intégrante de la réalité économique et sociale. »