Michel Clerc, Directeur de Médicis livre son point de vue sur l’ouverture des magasins le dimanche

    Avec 160 000 adhérents, commerçants indépendants, Médicis est la première structure représentative de cette catégorie professionnelle. Gérée elle-même par un Conseil d’administration composé exclusivement de commerçants, elle est le reflet de leurs aspirations et problématiques et souhaite à ce titre  faire entendre leur voix.

    Une vraie réponse pour une fausse question

    “Si il est un slogan qui n’effraie pas les commerçants et les artisans, c’est bien le fameux « travailler plus pour gagner plus » de la dernière campagne présidentielle. La France qui se lève tôt et qui finit tard, qui travaille parfois jusqu’à deux fois 35 heures dans la semaine, sait mieux que quiconque qu’il faut travailler pour espérer bien vivre !

    C’est justement parce qu’ils sont parmi les français qui travaillent le plus, que les commerçants et artisans savent repérer les vraies opportunités et les fausses questions. Comme celle du travail le dimanche, par exemple.

    Le repos dominical avait été identifié, à une époque où la France se portait mieux, comme l’un des freins à la croissance en France. Chose curieuse, quand on sait que bon nombre de commerçants travaille depuis toujours, le dimanche. Toute la journée (hôteliers, restaurateurs …) ou le matin (boulangers, bouchers, journaux, fleuristes …). C’est également le cas pour bon nombre de grandes surfaces thématiques (bricolage, jardineries …).
    Alors pour qui est le frein ? Pour les grandes surfaces généralistes, bien entendu. Car c’est bien là l’ambition du gouvernement : après avoir déréglementé la création des grandes surfaces jusqu’à 1000 m2, il faudrait maintenant leur permettre d’ouvrir 7 jours sur 7.

    Quelle croissance y gagnerait-on ? Probablement pas grand-chose. Les français ne feront pas leurs courses deux fois, surtout avec un pouvoir d’achat plus faible que jamais.
    Les contraintes et les obstacles nouveaux seront par contre légion. Pour les salariés concernés, déjà, dont le bien pauvre « métier » (de caissière ou de manutentionnaire) y gagnerait encore en médiocrité. Pour les commerçants et les artisans, bien sûr et encore, qui se verraient « tirés dans le dos » sur ce qui est parfois leur seul jour de congé hebdomadaire. Et pour les français, enfin, qui se verraient offrir la possibilité de faire tourner leur moteur et de pousser leur caddy tous les jours de la semaine, comme si cela représentait pour eux une amélioration de la vie.

    Car c’est bien la pauvreté du débat présenté par le gouvernement, plus que la question en elle-même, qui est attristante. Plutôt que de chercher à transformer le pays en drugstore géant, insipide et impersonnel, les pouvoirs publics feraient peut être mieux de se poser la question des conditions d’une croissance particulière, adaptée au dimanche. Ce serait l’occasion, pour un Etat Républicain, d’y remettre des valeurs, et de favoriser un taux de croissance culturel, ludique, privilégiant la famille, le repos, la nature, les loisirs …
    Le dimanche, c’est fait pour aller au cinéma, aller se balader, aller au restaurant, recevoir ses amis. Et tout cela est fortement facteur de croissance et d’ emplois, pour peu qu’on veuille se pencher sur les bonnes questions !”