Marché / Cat Nat: Le marché des obligations catastrophes devraient profiter de l’effet Japon

Légèrement refroidi par les désastres naturels au Japon, le marché des obligations catastrophes devrait au final profiter de ces événements dramatiques, selon les spécialistes.

Appelées « cat bonds » en anglais, ces obligations consistent à transférer sur les marchés financiers des risques liés aux catastrophes naturelles. Pour leurs émetteurs, les réassureurs, elles représentent une capacité supplémentaire de protection contre leur exposition à ces risques. Pour les investisseurs, elles sont synonymes de placements très bien rémunérés (11% en 2010).

Mais ces derniers courent le risque de perdre la totalité ou une partie de leur argent si la catastrophe couverte par l’obligation survient avant son arrivée à maturité, généralement au bout de quelques années. « Les obligations catastrophes couvrent la plupart du temps des risques qui n’arrivent qu’une fois tous les 100 ans, donc c’est plutôt sûr pour les investisseurs », estime Steve Evans, directeur d’Artemis.bm, une plateforme internet britannique consacrée aux transferts de risque.

Seulement voilà: le séisme et le tsunami du 11 mars ressemble fort à la catastrophe du siècle dans l’archipel nippon. Dirk Schmelzer, de la société d’investissement suisse Plenum Investments, juge toutefois qu’« il faut encore attendre avant de savoir si des obligations catastrophes sont touchées. Mais ce n’est pas improbable ».

Au total onze « cat bonds » totalisant 1,7Md de dollars sont exposées au Japon, selon lui. Signe de l’inquiétude qui a gagné les investisseurs, la valeur d’échange des obligations catastrophes sur le marché secondaire est en chute libre depuis le 11 mars. « C’est une réaction de court terme face aux incertitudes du moment », selon M. Schmelzer, plutôt optimiste quant à l’avenir de ce marché de niche d’un volume mondial de 13Mds de dollars environ.

D’abord parce que l’exposition de ces obligations est faible comparé aux pertes que vont passer les assureurs au Japon –de 20 à 30Mds de dollars d’après une dernière estimation du cabinet de modélisation et d’évaluation du risque AIR Worldwide. Ensuite parce que le resserrement annoncé des exigences en fonds propres (dites de Solvabilité 2) pour les assureurs devrait inciter le secteur à transférer plus de risques sur les marchés financiers.

Enfin la hausse attendue des tarifs des réassureurs après les désastres au Japon, en Nouvelle-Zélande et en Australie en début d’année fera aussi augmenter les primes des obligations catastrophes, ce qui devrait attirer les investisseurs, ajoute M. Schmelzer. Les coûts vertigineux des catastrophes naturelles dans le monde – elles ont causé 218Mds de dollars de dommages l’an dernier, trois fois plus qu’en 2009 selon une récente étude du réassureur Swiss Re – incitent aussi certains Etats à vouloir émettre ce genre de titres.

Israël, Taïwan et la Corée du Sud notamment étudient cette opportunité, explique M. Evans. Mais ces obligations restent un luxe, tant les primes à verser aux investisseurs sont élevées et la possibilité pour l’émetteur d’être indemnisé en cas de catastrophe est faible à cause des clauses très restrictives sur les risques couverts qui y sont attachées. Ainsi sur plus de 300 tranches d’obligations catastrophes dans le monde, les émetteurs n’ont pu en faire jouer vraiment que deux depuis 2005, d’après l’agence de notation Moody’s.

« Il est bon d’être un investisseur de +cat bond+. Ce qui veut dire qu’il est mauvais de se trouver du côté de l’émetteur », concluait récemment Daniel Indiviglio, un éditorialiste du magazine américain The Atlantic, qui s’interrogeait sur leur intérêt.

Francfort (Allemagne), 1er avril 2011 (AFP)