Lutter pour garder une longueur d’avance dans l’innovation aéronautique


Identifier la prochaine technologie de rupture a fait le buzz lors de la conférence de Willis Towers Watson sur l’aviation, cette année, à Singapour. L’événement offrait un important échantillon représentatif du monde du transport aérien, parmi lequel des fabricants, des propriétaires d’avions/exploitants aériens, des loueurs, des financiers, des prestataires de service, des avocats et des assureurs, les cadres de compagnies aériennes se montrant particulièrement désireux d’avoir une vision globale de l’horizon technologique.

Les discussions ont reflété les conclusions de notre récent Indice des risques pour le transport ; le principal risque perçu par les près de 50 dirigeants de compagnies aériennes interrogés était « l’incapacité à rester en phase avec l’évolution technologique. »

Le rythme de l’évolution technologique s’intensifie dans le paysage du transport aérien

En sa qualité de compagnie aérienne de premier plan, Airbus a participé à de nombreuses discussions ; le Willis Towers Watson Wire a interrogé Gregor Dirks, Innovateur d’entreprise chez Airbus, pour obtenir son éclairage sur la technologie, en marge de l’événement.

Interrogé sur les technologies émergentes qui pourraient avoir un impact important sur la marche ordinaire des affaires dans le secteur, M. Dirks a cité la propulsion électrique, l’impression 3D, la réalité virtuelle et augmentée, et l’émergence des matériaux « intelligents ».

Reste à savoir comment s’adapteront les produits d’assurance pour rester pertinents. Mais le rythme de l’évolution technologique s’intensifie dans le paysage du transport aérien, et les actuaires devront y répondre pour s’assurer que tous les nouveaux risques sont pris en compte.

Électricité dans l’air

De plus en plus, les compagnies aériennes s’accordent à dire que l’ère de la propulsion électrique pour les avions commerciaux est sur le point d’émerger. Si les moteurs eux-mêmes sont déjà disponibles, les batteries permettant de les alimenter correctement restent encore à inventer. D’après M. Dirks, dès qu’elles seront disponibles, ou lorsqu’une autre technologie, telle qu’un super-condensateur, pourra fournir  de l’électricité à bord, la course pour développer et déployer des avions à propulsion électrique reprendra.

La propulsion électrique changera les choses de manière aussi massive que l’introduction des réacteurs

« [La propulsion électrique] changera les choses de manière aussi massive que l’introduction des réacteurs, » considère M. Dirks. « Si nous avions les batteries, le vol à propulsion électrique serait très tentant ; il serait meilleur marché et avec des dégagements [d’émissions] nuls en altitude, son exploitation ne serait pas un problème du point de vue environnemental. Cela va modifier assez radicalement le paysage du point de vue technologique, et vraisemblablement aussi du point de vue commercial. »

« Tout d‘abord parce que les avions auront un aspect différent. » a poursuivi M. Dirks. En matière de stockage d’énergie dans les batteries, le poids pourrait être plus élevé, pour des super-condensateurs plus légers qu’avec le kérosène comme aujourd’hui. Mais surtout, comme la batterie (ou tout système alternatif de livraison d’énergie) conserverait son poids durant le vol, les systèmes de lames et de volets devraient être adaptés au point que la conception des ailes devrait être modifiée.

Les nouvelles altitudes et vitesses d’exploitation optimales influenceraient également ces conceptions, ainsi que les procédures de gestion du trafic aérien pour répondre aux nouvelles exigences en termes d’altitude. Si les batteries (ou les mécanismes chimiques qui livrent l’énergie) sont la solution choisie, la révolution pourrait provenir de plusieurs acteurs, notamment de l’industrie des périphériques mobiles, du matériel informatique ou de l’industrie automobile ; des travaux sont en cours pour tout améliorer, depuis les ratios utiles poids/énergie et les temps de charge, jusqu’aux cycles de vie, aux fréquences de recharge et aux aspects relatifs à la sécurité de fonctionnement.

Airbus est l’une des nombreuses compagnies qui se sont déjà activement intéressées au développement des véhicules électriques à très courte portée, ou des drones avec passagers. Ces efforts aussi, sont limités pour le moment par les batteries qui ne disposent que de quelques minutes d’énergie.

« Nous sommes encore loin d’avoir une solution pratique pour que les compagnies aériennes se réorientent sur l’électricité et nous n’avons vraiment aucune idée d’où proviendra le « Big Bang » [dans la technologie des batteries], » a ajouté M. Dirks. « Mais nous sommes convaincus qu’il aura lieu, et c’est pourquoi nous nous y préparons. »

Matériaux intelligents

Dans un autre domaine susceptible de modifier de façon significative l’industrie aérospatiale, les nanotechnologies ont accéléré le développement des matériaux « intelligents ». M. Dirks a déclaré qu’Airbus et d’autres groupes de premier plan sont désormais capables de développer des structures multifonctionnelles avec des matériaux conçus non seulement pour supporter des charges de stress plus importantes, mais ayant aussi des capacités en matière de détection.

Ces matériaux « intuitifs » participent à la conception et à la construction des fuselages (et potentiellement d’autres composants essentiels à la sécurité) qui peuvent être programmés pour se courber ou se tordre de manières spécifiques afin de répondre aux conditions révélées par les capteurs intégrés dans le matériel. Les capteurs peuvent également détecter l’instant où les niveaux de stress maximums ont été atteints ou franchis, ainsi que des changements de l’environnement tels que la température et la consistance de l’air.

Des matériaux sont également développés pour repousser la saleté et autres substances étrangères, évoquant ainsi la possibilité de composants auto-réparateurs, un développement qui modifierait de façon importante le paysage de la maintenance.

« Tout cela rejoint lentement le domaine des applications pratiques. Nous avons eu les [matériaux antisalissure] pendant un moment en laboratoire et, dans les prochaines années, cela deviendra un outil concret pour nos ingénieurs-concepteurs. [Les matériaux] doivent encore être certifiés avant d’être livrés sur le marché, mais cela va venir. »

Meilleurs divertissements à bord avec la réalité virtuelle et augmentée

L’impact des mécanismes de réalité virtuelle devrait être surtout visible dans les cabines passagers, où ils révolutionneront le divertissement en vol

Les progrès technologiques des mécanismes de réalité virtuelle et augmentée améliorent également l’efficacité des processus aux niveaux de l’usine et de la maintenance, déclare M.Dirks, offrant déjà des services logistiques qui réduisent les temps de production et de réparation.

À plus court terme, l’impact des mécanismes de réalité virtuelle devrait être surtout visible dans les cabines passagers, où ils révolutionneront le divertissement en vol.

« C’est un élément de rupture qui est déjà là. Les gens acceptent de porter des lunettes pour lire des informations supplémentaires, et cela a un effet considérable sur notre façon de concevoir, de construire et d’entretenir les avions aujourd’hui, » a déclaré M. Dirks. « Et cela influencera énormément ce que les passagers attendent en termes de divertissement embarqué en vol. Très bientôt, regarder un écran plat ne suffira plus. Ils voudront une expérience plus immersive. »

Avions imprimés en 3D

La technologie d’impression en 3D fait évoluer l’expérience en cabine, d’après M. Dirks. Les imprimantes se sont déjà développées au point de pouvoir produire des composants et des pièces extrêmement complexes et de haute qualité, et dans des séries qui assurent une personnalisation finie.

« L’impression en 3D va devenir une nouvelle expérience considérable pour le client et la chaîne logistique, » a déclaré M. Dirks. « À la fois pour le temps nécessaire à la création des designs et pour la diversité des formes que nous pouvons produire, en particulier concernant la cabine , la personnalisation possible grâce à cette technologie modifie déjà le paysage. »

« Les solutions simples et courantes de couverture du risque ont déjà été identifiées, » a ajouté M. Dirks. « À chaque fois que nous devons présenter quelque chose de nouveau, il nous faut généralement réunir plusieurs acteurs pour trouver les modèles commerciaux qui sortent des sentiers battus. Si vous n’avez pas cette approche globale, il est difficile d’encourager les gens à se mettre d’accord. C’est pourquoi je pense qu’il est très important d’organiser des échanges qui dépassent le simple regroupement d’individus ayant les mêmes idées. »

Puis il a fait allusion à la menace émergente sur la cybersécurité. « [Trouver une solution] nécessitera des  connaissances croisées, et non quelqu’un qui aura une solution privée. Le secteur dans son ensemble doit trouver une solution à un problème immense auquel nous sommes tous confrontés. C’est l’une des questions pour lesquelles il nous faut  trouver des solutions qui ne sont pas seulement théoriques, mais aussi pratiques et viables. »



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