Les mutuelles veulent créer leur groupe hospitalier pour “peser” sur le système de santé

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    La Mutualité française veut “peser” sur le système de santé français en développant son propre groupe hospitalier, où les mutuelles montreraient l’exemple contre le développement des dépassements d’honoraires et la “dégradation” de la qualité des soins.

    Les mutuelles santé, fédérées au sein de la Mutualité, qui ont tenu leur 39e congrès de jeudi à samedi à Bordeaux, possèdent déjà, en plus de leur activité d’assureur, une centaine d’établissements et services hospitaliers. Ces établissements sont le plus souvent des cliniques, mais à but non lucratif (à l’instar des mutuelles, et contrairement aux assurances privées du secteur des complémentaires santé) et avec des missions de service public. Ils sont mal répartis sur le territoire, au goût de la Mutualité. L’Ouest de la France est par exemple particulièrement bien pourvu, contrairement à des régions comme le Nord-Pas-de-Calais ou l’Alsace. Le développement d’un groupe passe donc par l’achat de nouvelles cliniques.

    La Mutualité a créé un “fonds de développement hospitalier mutualiste”, sollicitant des partenaires institutionnels. Elle compte aussi utiliser ses réserves financières, qui avaient nourri une polémique l’an dernier. “On voudrait avoir un établissement important dans chaque capitale régionale, qui soit à même de peser sur l’ensemble de la politique hospitalière de la région”, explique à l’AFP Jean-Pierre Davant, le président de la Mutualité française.
    “Peser en termes de qualité des soins bien sûr, mais aussi de respect des honoraires des médecins”, ajoute M. Davant, pourfendeur des dépassements d’honoraires dans les hôpitaux publics et les cliniques privées, et qui juge que le système de santé “s’enfonce dans la médiocrité”.

    La démarche n’est pas sans rappeler celle suivie par les mutuelles dans le secteur de l’optique. “C’est un peu la même idée”, estime Christian Py, président des réseaux d’opticiens et de centres d’audition mutualistes. “Dans la mesure où on ne trouvait pas sur le marché pour nos adhérents de bonnes conditions tarifaires et de qualité, on a crée notre propre offre et aujourd’hui, à qualité égale, nos produits d’optique sont 25% moins chers qu’ailleurs”, affirme-t-il.

    En regroupant ses cliniques volontaires au sein d’une structure nationale, la Mutualité estime qu’elles pourront mieux maîtriser leurs charges, par des achats groupés de matériel par exemple. “Aujourd’hui, nos cliniques constituent plus un réseau qu’un véritable groupe, il y a encore une grande hétérogénéité entre elles”, explique Patrick Houry, qui dirige un groupe de services de soins mutualistes et mène une mission sur le groupe hospitalier de la Mutualité. “On a des établissements de très hauts niveaux, comme notre vaisseau amiral, l’Institut Montsouris à Paris, mais on a aussi des cliniques un peu vieillottes, où il faut changer des choses”, concède-t-il.

    Le défi pour la Mutualité est de convaincre ses mutuelles membres et leurs établissements de soins de rejoindre le groupe en gestation, et d’accepter de nouvelles contraintes comme l’évaluation de leur qualité et la mise en place de “toute une gamme de services homogènes” pour les adhérents. “Dans un contexte de concurrence avec les assureurs privés, c’est une forte opportunité de nous démarquer en couplant une offre d’assurance avec une offre de soins et de services”, estime M. Houry.

    Les mutuelles santé couvrent près de six Français sur dix en complémentaire santé. Les autres acteurs de ce secteur sont les assurances privées (26% du marché) et les instituts de prévoyance (18%).

    AFP