L’assurance scolaire, nouvel enjeu des assureurs

    En ces temps de rentrée scolaire, on remarque qu’une véritable guerre des prix s’est engagée dans l’assurance scolaire, un marché traditionnellement dominé par une seule mutuelle. De plus en plus d’autres compagnies s’y intéressent désormais avec des offres allant jusqu’à la gratuité.

    Facultative, l’assurance scolaire, qui coûtait jusque là entre 10 et 30 euros par enfant et par an, représente, selon un calcul effectué par l’AFP, un marché d’une centaine de millions d’euros, historiquement dominé par la mutuelle MAE.

    En vertu d’un accord avec la fédération de parents FCPE, la MAE est avec MMA (accord avec l’autre grande fédération, la PEEP) le seul assureur à pouvoir distribuer ses produits directement dans les établissements scolaires.

    Mais après avoir compté jusqu’à 7 millions d’adhérents environ dans les années 70, la MAE n’en a plus que 3,3 environ. Ces trois dernières années, elle a perdu plus de 200.000 adhérents par an. “Economiquement, il n’y a pas péril en la demeure”, affirme Edgar Mathias président national de la MAE.

    “On ne sait pas comment enrayer cette baisse”, concède néanmoins Gilles Bourgogne, directeur général de l’association de parents d’élèves PEEP au sujet des contrats souscrits dans le cadre du partenariat avec MMA, dont le nombre ne cesse de diminuer depuis plusieurs années.

    Pour M. Mathias, la MAE pâtit du fait que “l’école n’est plus le seul canal” de souscription pour les parents, qui sont sollicités par leur assureur habitation ou auto, voire par leur banque. Plus grave, les prestations offertes par les grands assureurs sur d’autres contrats couvrent souvent déjà tout ou partie des risques propres à l’assurance scolaire.

    Dans le cadre de leurs offres habitation, les assureurs incluent déjà une couverture en responsabilité civile, qui couvre les dommages occasionnés par l’enfant, y compris en périodes scolaires.
    Restent les dommages subis par l’enfant qui peuvent entrer dans le champ d’un autre contrat, celui de la Garantie des accidents de la vie (GAV), qui concerne près de 6 millions de personnes.

    La presque totalité des risques étant déjà couverts, MMA propose ainsi une assurance scolaire gratuite pour les détenteurs de contrats habitation et GAV, tandis qu’AGF ne la facture qu’un euro pour ses clients assurés en GAV. “Sur le panier de la ménagère, ça compte à la rentrée”, souligne-t-on chez MMA.

    Dans un marché déjà sous pression, le groupe de distribution Carrefour a même lancé un pavé dans la marre avec une assurance scolaire gratuite, à grand renfort de publicité, en échange d’un simple ticket de caisse de l’enseigne, quel que soit son montant.
    “Dans ce contexte de crise, il était important d’aider les clients en apportant une économie significative”, le coût théorique du contrat étant de 15 euros, assure Pierre-Olivier Grall, directeur général des assurances Carrefour.

    “On est dans une dévalorisation dramatique de ce qu’est l’assurance scolaire”, regrette M. Mathias, pour qui “avec la grande distribution”, l’assurance est vendue “comme une bouteille de vin.” La MAE a assigné Carrefour en référé pour obtenir l’interdiction de l’offre, mais a été débouté mardi, même si le juge a retenu la qualification de “pratique abusive”.

    Démunis, les assureurs historiques espèrent résister en jouant sur la qualité de leurs garanties, développées “à l’écoute des parents”, selon M. Bourgogne, qui reconnaît pourtant que le prix est souvent devenu un élément central du choix.
    Avec la crise économique, M. Mathias n’exclut d’ailleurs pas “que certains parents se passent” même purement et simplement d’assurance.

    (Avec AFP)