La nouvelle plate-forme d’échange de données normalisée entre courtiers et assureurs en phase de test

La CSCA et la FFSA ont élaboré une norme commune d’échange de données, EDI courtage 2010, qui sera véhiculée par une nouvelle plate-forme indépendante. Son objectif : centraliser les échanges de données entre les courtiers et (presque) toutes les compagnies au niveau de la production et de la gestion. Quatre assureurs (Axa, Gan Eurocourtage, Generali, Covea Risk/ Fleet), onze courtiers et six éditeurs de logiciels vont tester cet agrégateur de flux.

Illustration de la nécessité d’industrialiser les échanges entre eux, assureurs et courtiers multiplient des initiatives en la matière depuis de nombreuses années. Avec des fortunes diverses. EDI courtage, qui s’inscrivait dans cette aspiration transactionnelle, est restée très en deçà des attentes de ses concepteurs. Pour Guillaume Millet, président du GETIC, « cette norme était vouée à un avenir limité du fait de son caractère modeste. Avec une dizaine de messages véhiculés (quittancement, termes du contrat, etc.), elle ne couvrait pas l’ensemble des attentes des courtiers et de ce point de vue-là, était loin d’être attractive. Seule une vingtaine de courtiers et six assureurs l’utilisaient en 2006 lorsque nous avons entrepris ce chantier».

Ajouté à cela un manque de mise à jour et des difficultés « politiques » faisant l’objet de gorges chaudes dans le landerneau, le sort de ce qui peut être considéré désormais comme un placebo était scellé, à l’instar des autres initiatives lancées dans ce domaine. Point mort ? C’était sans compter sur l’acharnement du GETIC.

Car en 2006, ce groupe d’étude de la CSCA chargé de réfléchir sur les technologies de l’information et de la communication décidait de créer un comité de travail chargé de reconsidérer EDI Courtage tout en élargissant sa couverture fonctionnelle. Avec en toile de fond, une ouverture sur l’ensemble des assureurs. «Nous avons convaincu la tutelle de l’assurance de s’associer à nos réflexions », indique Guillaume Millet. Ainsi naissait une commission FFSA-CSCA sur la réalisation d’une nouvelle norme. Cinq assureurs et autant de courtiers ont été mandatés par la profession pour rédiger une norme d’échange universelle et à ce titre, gérant tous les échanges entre les deux parties prenantes.

Association assureurs-courtiers

Après des mois de travail et de compromis, EDI courtage 2010 a vu le jour. Rompant avec les erreurs et les insuffisances du passé dont elle a capitalisé l’expérience, ce standard enregistré à l’INPI et publié sur le site du CSCA fin octobre 2009, est la propriété conjointe de la FFSA et de la CSCA.

A la différence de ses prédécesseurs, elle ne se limite pas aux risques de masse mais couvre l’ensemble des branches d’activités de l’assurance. Qu’ils soient généralistes, spécialistes ou grossistes, l’ensemble des courtiers et assureurs est concerné y compris les non délégataires qui représentent un panel assez large. Pour intéresser tous ces segments de marché, EDI Courtage 2010 s’articule autour d’une trentaine de messages. Les plus courants : production (affaires nouvelles, avenants et gestion des contrats, etc.) ; gestion de sinistres (ouverture, missionnement d’experts, règlements, etc.) ; comptabilité (termes, comptants, « commissions seules » ce qui signifie la possibilité d’intégrer les assurances collectives pour les courtiers non délégataires qui n’ont pas accès à la norme Noémie.

Mais, aux dires du patron du GETIC, la nouvelle norme respectera ses alter ego déjà présents sur le marché. Outre Noémie, il s’agit d’Optiflux pour le transport, ou de Darva destiné à l’expertise sinistre. En fait, EDI Courtage 2010 a la volonté de se positionner comme complément des outils d’échanges déjà présents sur le marché. On respire.
Soit. Mais comment la véhiculer et promouvoir les échanges en toute sécurité tout en tenant compte de la diversité des moyens technologiques utilisés par les uns et les autres ?

La décision de déployer une plate-forme de transactions a été actée en février 2009. La volonté d’associer les assureurs dans cet autre volet du projet de normalisation des échanges ayant accouché d’une souris, le collège de courtiers en a pris acte et s’est lancé en solitaire. « Nous avons alors décidé de déployer une plate-forme conçue, financée et gérée par les courtiers, mais en toute transparence vis-à-vis des assureurs qui sont informés régulièrement de l’avancement de nos travaux dans le cadre de la commission mixte mise sur pied », explique le président du GETIC.

Pour mettre en place ce carrefour d’échanges, la CSCA a du lancer un projet informatique à part entière. Point d’orgue de ce chantier, la réalisation d’un cahier des charges en partenariat avec un cabinet de consulting, en l’occurrence Sealweb. Ce document précisait l’ensemble des critères de sélection d’un outil du marché. Si la pérennité de l’éditeur et son indépendance constituaient des critères déterminants, ses compétences techniques et surtout la réversibilité contractuelle étaient des points assortis d’une forte pondération.

Solution pilote disponible fin 2009

Bien entendu, la solution du marché retenue devait être capable de convertir et gérer les différents fichiers quelque soient leur format (fichiers plats, XML ou autre) reçus de part et d’autre, dans le respect du langage d’échange de chacun (adaptabilité). Enfin, la traçabilité des transactions est également un critère critique pour ce genre de plate-forme car elle joue le rôle de mémoire vive activable en cas de dysfonctionnement éventuel.

Lancée fin mai 2009, l’appel d’offres a été l’occasion d’un affrontement commercial et technologique entre les 6 acteurs pressentis du marché, de tailles variées. Au terme de l’analyse des forces en présence, la société Axway a été retenue à l’unanimité trois mois plus tard par la commission technique du GETIC car elle proposait la solution « la mieux adaptée à nos attentes fonctionnelles, à notre budget et à notre modèle économique », observe Guillaume Millet. La filiale de Sopra travaillera en collaboration avec l’assistant à maîtrise d’ouvrage, la société Sealweb.

Première mission de ce tandem, la mise en place d’un pilote technique. Sa vocation : tester deux premiers messages : l’un relatif aux termes (message 500), l’autre aux contrats autos (message 202). Si le premier est un ancien message EDI Courtage, le second est nouveau et à ce titre, relève d’EDI Courtage 2010.
La solution pilote développée sera mise à la disposition de bêta-testeurs, tous volontaires : quatre assureurs (AXA, Gan Eurocourtage, Generali, Covea Risk/ Fleet) ; onze courtiers : Marsh, Verspieren, Gras Savoye, Solly Azar, AIP, Assurances & Conseils, Draber-Neff, Suisscourtage, France Assur, Satec et SGB,; ainsi que six éditeurs de logiciel de courtage : Ad’hoc, IGA, GTI, Belair, Leader Informatique, et Net Consult.

Ces derniers devront s’employer, en partenariat avec Axway, à adapter leur solutions respectives à l’agrégateur de flux. Selon Aurore Rougeot, responsable distribution et administration du réseau courtage, Axa France, «nous avons décidé de participer au pilote mis en place par le CSCA car nous sommes favorables à tout ce qui peut améliorer la fluidité de nos relations avec les courtiers. Toutefois, cette initiative ne doit pas être un frein aux futures évolutions positives de nos métiers et des relations entre assureurs et courtiers. Enfin, il est important que les travaux sur ce nouvel outil aboutissent dans les délais ».

Paiement au comptant

Livré fin 2009, le pilote sera soumis à des opérations de tests auprès de l’ensemble des équipes impliquées à ce stade. Suivra une nouvelle phase critique, celle de la recette et de la généralisation, un an plus tard. En clair, l’année 2011 devrait démarrer avec une plate-forme généralisée d’échanges entre courtiers et assureurs.
Reste à définir le modèle économique de cette réalisation. Il est fondé sur une philosophie, celle d’une plate-forme d’échanges à but non lucratif, au service de toute la profession concernée.

Pour ce faire, la CSCA a opté pour un financement au comptant de son agrégateur, évitant par là même des solutions de type ASP assorties d’un coût réglé, in fine, en fonction des flux échangés. « Nous avons voulu que l’accès à la plateforme soit gratuit pour les courtiers membres des syndicats de la CSCA et les assureurs communicant avec eux ; cet accès pouvant cependant être ouvert aux courtiers non membres des syndicats, moyennant une redevance annuelle. Les frais récurrents et forfaitaires d’exploitation de la plateforme seront répartis entre les utilisateurs, courtiers et assureurs et facturés au « prix coûtant » au prorata des messages émis. En cela, notre modèle économique se différencie des autres concentrateurs », explique Guillaume Millet.

Selon ce dernier, les premières simulations permettent d’évaluer ces charges d’échanges à des sommes dérisoires par rapport aux autres modèles, allant probablement de quelques euros par mois pour les petits courtiers à quelques centaines d’euro par pour le grand courtage et les assureurs. Des coûts sans commune mesure avec ceux des EDI facturés au message.

Survie des extranets et exclusion des comparateurs

Afin de gérer cette infrastructure, la CSCA s’apprête à créer une structure ad hoc sur la forme juridique d’une SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) qui lui appartient. Sa mission : administrer la plate-forme au quotidien ainsi que les échanges de flux et les relations avec l’hébergeur et l’éditeur. A cette fin, une équipe dédiée sera donc recrutée. Et jouera le rôle d’interlocuteur de la profession sur la norme EDI Courtage 2010.

L’entrée en production de ce standard devrait-elle remettre en question les moyens utilisés actuellement par la profession et notamment les Extranets ? « Rien à voir », s’empresse de souligner Guillaume Millet pour qui « les extranets ont, sans le vouloir, plaidé pour une mise en place d’une nouvelle norme standard du fait des doubles saisies qu’elles ont généralisées. En fait, les Extranets continueront à vivre leur vie en servant de supports transactionnels à d’autres domaines tel l’échange d’information, etc ». Bien tenté comme argument mais il y a fort à parier que les assureurs qui ont investi dans des extranets, et ils sont nombreux, ne les abandonneront pas aussi facilement.

Quoi qu’il en soit, avec la norme EDI Courtage 2010, ils auront désormais une nouvelle solution complémentaire voire alternative à leur portée. Une solution d’autant plus efficace qu’elle exclut de son espace les comparateurs que les compagnies redoutent tant.

Emmanuel Mayega / La Tribune de l’Assurance

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