L’assurance vie diversifiée prend le pas sur les contrats multisupports en perte de vitesse

    A l’heure où l’environnement financier se retourne contre les assureurs vie et leurs clients, les contrats diversifiés créés par la Loi Breton de juillet 2005 vont peu à peu prendre le pas sur des contrats multisupports en perte de vitesse.
    S’ils restent pour l’heure en retrait pour des raisons tant fiscales que purement opérationnelles, les grands assureurs-vie devront prendre tôt ou tard la pleine mesure de ce nouvel univers.

    Pour les assureurs vie, une époque s’achève. Le repli continu des taux longs, en baisse presque régulière de 1981 (les taux à 10 ans étaient voisins de 17%) à 2005 (où ils ont « tutoyé » les 3%) a pris fin. Les taux longs sont aujourd’hui clairement orientés à la hausse, même si la crise financière pèse sur le rendement des obligations émises par les états.

    Du coup, un assuré qui achèterait une obligation en direct obtiendrait une rémunération supérieure à celle d’un fonds euro, ce qui ne s’était (pratiquement) jamais vu depuis leur création ; en outre, la chute des marchés actions et les hésitations de l’immobilier de bureaux privent les assureurs des plus¬values qui leur permettaient de gonfler la rentabilité tirée de leurs placements obligataires (les provisions constituées les bonnes années, PPE ou réserve de capitalisation, seront de faible ressource si des moins values globales doivent être provisionnées par ailleurs).

    Plus grave encore, la hausse des taux courts, et celle des intérêts servis sur les placements réglementés, incitent de nombreux épargnants à différer leurs opérations d’épargne longue au profit des placements à court terme. Ceux qui, malgré tout, souhaitent bénéficier des nombreux avantages de l’assurance¬vie, s’orientent massivement vers les fonds euro, au détriment des unités de compte dont la collecte a baissé de 40% depuis le début de l’année. Si la collecte sur les fonds euro se maintient, parfois au prix de promotions massives sur leur rendement, elle ne peut elle aussi que décevoir les épargnants si, comme il est probable, leur rendement tend vers leur niveau « obligataire », légèrement en dessous de 4%.

    C’est dans ce contexte difficile pour les assureurs¬vie que doivent être replacées les innovations apportées par la Loi Breton de juillet 2005, qui consacre notamment l’émergence des contrats d’assurance¬vie diversifiés. Explications : l’assurance¬vie multisupports classique propose des fonds en euros, dont le rendement, garanti, baisse d’année en année sans espoir réel de revalorisation à moyen terme, en particulier compte tenu de leur volume très conséquent, déjà investi sur des obligations achetées au milieu des années 2000, et des unités de compte, qui offrent une exposition aux marchés financiers, mais cette fois¬ci sans aucune garantie. Entre les deux, rien. Aucune offre financière intermédiaire ne permet d’allier la sécurité de l’un et la souplesse de l’autre. Aucune possibilité pour les assureurs de limiter la casse en cas de vents contraires avec un cadre de gestion actif/passif plus souple. C’est à cette lacune que répond l’assurance¬vie diversifiée. La principale innovation est double. Elle consiste en la création des fonds diversifiés, pendant des fonds en euros, qui comportent une partie garantie et une autre partie non garantie, et des fonds internes, qui permettent une gestion active dans le cadre d’un compte titre considéré globalement comme une unité de compte.

    Par cet assouplissement des règles de garanties et du cadre de gestion, le législateur a cherché à replacer indirectement l’assureur au cœur de la gestion financière des contrats, dont il peut proposer un très grand nombre de modalités et du coup, répondre au plus près aux enjeux patrimoniaux de ses clients. D’autant que si les fonds internes sont valorisés à leur valeur de marché, leurs promoteurs devraient privilégier un horizon d’investissement à long terme, en s’affranchissant du suivi des benchmarks, favorables quand les marchés sont à la hausse, détestables sinon (comment peut¬on se satisfaire d’une performance supérieure au benchmark, même de 3 ou 4 %, quand ce même benchmark a baissé de 20%). C’est là le principal enjeu : côté assuré, augmenter l’espérance de rentabilité des contrats, et côté assureur, faciliter la gestion des risques actif/passif par un assouplissement des garanties accordées dans le temps. Pour ces raisons, les avantages de ce dispositif devraient accélérer l’obsolescence de l’assurance¬vie traditionnelle et des multisupports sans valeur ajoutée.

    Les conséquences de ce nouveau dispositif pour la profession dépassent ce seul avantage. En cassant les rigidités traditionnelles de la gestion des unités de compte, celui¬ci va aussi permettre aux assureurs et par ricochet, aux distributeurs, de lutter plus efficacement contre la concurrence des fonds dédiés luxembourgeois. Un autre atout tient à la transparence imposée sur la structure des frais. Dans ce contexte, l’enjeu purement fiscal de la non¬imposabilité au titre de l’ISF des contrats diversifiés « non rachetables », largement relayé dans les médias, n’est qu’une composante parmi d’autres de ce nouveau dispositif. C’est l’arbre qui cache la forêt : la mise à disposition des assureurs d’une boite à outils permettant d’apporter à leurs partenaires distributeurs et à leurs clients de nouvelles opportunités de placements rentables dans les conditions de marché actuelles. D’ailleurs, les grands distributeurs, CGPI et banques privées réunis, sont déjà largement sensibilisés à ce discours et commencent à envisager la commercialisation de ces contrats nouvelle génération, même sur leurs versions « rachetables », en substitution des contrats multisupports dont l’aura va décliner durablement.

    Pour toutes ces raisons, les grands assureurs¬vie vont prendre tôt ou tard la pleine mesure de ce nouvel univers de l’assurance¬vie. Aujourd’hui, ils hésitent : focalisés sur l’aspect ISF, pour lequel ils attendent une confirmation claire des autorités fiscales, ils n’en ont pas encore exploré toutes les facettes, en particulier en matière de gestion financière. En outre, ils se heurtent à des questions opérationnelles complexes : systèmes d’information pas adaptés à ce style de produits, équipes, en particulier commerciales, à (re)former alors même que l’activité traditionnelle continue à donner de bons résultats, complexité à faire cohabiter des contrats « anciennes générations » avec ces nouveaux outils qui, progressivement, vont démontrer leur supériorité… Mais le train est en marche : les nouvelles possibilités offertes par les contrats diversifiés vont progressivement s’imposer; une nouvelle page de l’histoire de l’assurance vie s’ouvre.