Generali : Gabriele Galateri pacifie les actionnaires

Un an après sa prise de fonction à la faveur d’une révolution de palais, Gabriele Galateri a présidé sa première assemblée générale d’actionnaires dans un climat apaisé. L’assureur transalpin, qui voit le Fonds Souverain de Norvège monter au capital, compte resserrer les boulons en France et sur ses marchés mâtures et pousser les feux en Europe de l’Est et en Asie. Et tordre le coup à la rumeur la cantonnant en assureur le plus exposé au monde à la crise financière.

L’assemblée générale 2012 de Generali a tenu ses promesses : le retour à l’apaisement après une année marquée entre autres par le remplacement à sa tête de Cesare Geronzi par Gabriele Galateri, deux ans avant la fin de son mandat et moyennant une prime de départ de 16M d’euros encore très contestée aujourd’hui, et le départ de son ombre tutélaire, Antoine Bernheim. Mais quelques tensions perdurent. Il y a d’abord le procès intenté par Antoine Bernheim à la compagnie : il rejette la rémunération de 10.000 euros annuels en guise de jetons de présence pour son travail au conseil d’administration et tient à garder sa résidence de fonction. Et puis, pour donner plus d’éclat à sa démission du conseil d’administration, Leonardo del Vecchio, président de Luxottica, s’est fendu d’une interview un peu assassine sur le groupe. Ce qui lui a valu une réplique calme mais cinglante de Gabriele Galateri : « les derniers mois montrent qu’il est plus facile de faire des lunettes que de faire de l’assurance ».

Si l’exercice 2011 se solde pour l’assureur de Trieste par un résultat net divisé par deux à 856M d’euros suite à une perte d’un milliard sur les obligations grecques et la participation de 30 % de Telco, la maison-mère de Telecom Italia, le premier trimestre 2012 montre des signes d’éclaircie avec un chiffre d’affaires de 19,8M, en hausse de 6,4%. Le redressement concerne aussi le ratio Solvency I : à 132 %, contre 117 % à la fin 2011, il retrouve l’étiage de 2010. Malgré la défiance des marchés pour l’assurance, les actionnaires ont été accueillis par une bonne nouvelle : le fonds souverain de Norvège, le plus ancien du monde, a profité du trou d’air du titre pour procéder à des emplettes à bon compte et grignoter 1,79 % du capital, contre 0,49 % il y a quatre mois. De quoi faire passer la pilule d’un dividende réduit d’une année sur l’autre de 45 à 21 centimes par action ?

Désensibilisation au risque

Débarrassé de ses ferments de discordes, l’assureur s’est reprofilé pour affronter un environnement « encore très très complexe », selon le placide Gabriele Galateri. Comme le soulignait le DG, Giovanni Perissinotto, le groupe a réalisé l’an dernier, et en avance sur ses prévisions, son objectif d’économiser plus de 1,35M.
La stratégie fait la part belle au “dérisking” des quelques 400M d’euros d’actifs en portefeuille, via une réduction de la voilure sur les participations bancaires (celle dans Intesa est même réduite de moitié) au profit de l’immobilier. Car à en croire Les Echos, Generali serait l’assureur détenant le plus d’actifs à risque du Monde. Ce que le management réfute. De même, le groupe compte poursuivre, voire accentuer ses efforts de maîtrise des coûts sur ses marchés les plus compétitifs et plus d’innovation pour fidéliser des clients très volages.

Le mot d’ordre est clair : Cap à l’Est ! Car si, d’après son président, l’assureur caracole et « a atteint la taille critique dans les pays émergents et en Europe centrale » (ou il a collecté un milliard de primes auprès de quatre millions de clients) et croit très fort au potentiel des 88 millions d’habitants au taux d’épargne très élevé du Vietnam, où il a ouvert une filiale il y a un an, le bilan est plus contrasté sur ses marchés mâtures. Ainsi, en France, ou l’an dernier, les primes en Vie ont plongé de plus de 20 % à 9 milliards, la direction de la compagnie du Lion de Venise s’est livrée à un exercice de comparaison pour démontrer que ces contreperformances étaient tout de même meilleures que celles de ses concurrents français et européens.