Cybercrime : Un nouveau marché pour les assureurs ?

Le rapport Tracfin (pour Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINanciers clandestins) traite en partie de divers échanges d’argent en ligne ou de monnaies électroniques.

Publié par le ministère de l’économie et des finances le mois dernier, il pousse à s’interroger sur comment sont assurés les échanges en ligne en cas de détournements, pertes, hacking, bugs de serveurs…

Assurance ? Pourquoi avoir besoin d’une assurance quand tout est sécurisé ? Les acteurs du secteur croient tellement en la technologie qu’ils n’assurent pas leurs arrières. Jean François Vilotte, président de l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), confie n’avoir jamais entendu parler d’assurance autour des jeux : « Il n’y a pas de régime prévu par le législateur. » Le secteur brasse pourtant 10Mds d’euros de mise par an, 1Md de dépôts et 0,5Mds de dépenses nettes. Depuis 2010, quatre millions de comptes ont été ouverts sur des sites de jeu en ligne, hors plateformes de la Française des jeux, seul organisme de jeu en ligne à ne pas être supervisé par l’ARJEL.

86% des internautes joueurs utilisent une carte bancaire pour financer leur passe temps, 3% le font via portefeuilles électroniques et seulement 1% effectuent leur paiement par virement bancaire. François Vilotte rappelle que le taux de fraude reste très bas « Il était de 0,74 en 2009, 0,47 en 2010 et 0,3 en 2011. Le déploiement progressif de sites de plus en plus sécurisé fait diminuer le taux de fraudes. »

Et pour cause. Afin d’obtenir l’agrément permettant d’exercer l’activité du jeu en ligne, il faut présenter un site des plus sûrs « l’autorité de régulation analyse la sécurité des sites qui le sollicitent, des corrections sont demandées aux opérateurs et ensuite, chaque année, nous mettons en place une procédure de certification pour contrôler de nouveau, » commente François Vilotte. A ce jour, une cinquantaine d’agréments ont été délivrés à une trentaine d’opérateurs. Un même opérateur doit demander plusieurs agréments s’il exerce plusieurs activités de jeux en ligne en même temps.

Et pour les échanges d’argent, n’est-il pas possible de les détourner ? Là aussi, le président de l’ARJEL fait confiance à la technique : « La traçabilité entre les joueurs et les sites est totale, les archives sont conservées dans des coffres-forts informatiques et dans le cadre de procédures judiciaire, par exemple un vol de carte de paiement, nous avons réussi à remonter jusqu’à la personne qui avait utilisé cette carte pour jouer. » Pas besoin d’assurance, donc ? « On minimise le plus possible les risques. Les mécanismes frauduleux ne pourraient être que temporaires. »

Pourtant Sophie Nerbonne, directrice adjointe de la direction des affaires juridiques de la CNIL, est catégorique : « La problématique est montante avec l’exposition via Internet au cybercrime. On constate une augmentation dans les domaines du cyberachat et du cyberjeu. » Et qui dit développement, dit création de nouveaux produits d’assurance, notamment chez Hiscox et chez HDI Gerling.

Même les assureurs sont touchés. En début d’année, c’est le Crédit Mutuel qui a été épinglé par la CNIL après que des courriers et des documents contenant des informations bancaires ont fuité. Des grandes entreprises se font souvent rappeler à l’ordre. Ca a récemment été le cas de la FNAC. Pourtant, cela ne semble pas inquiéter les professionnels du secteur qui parient sur la technique. Il y a donc pour les assureurs, plus qu’un nouveau marché à conquérir, des mentalités à faire évoluer.