COVID-19 : quelles conséquences pour l’assurance-crédit ?

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Les différents acteurs de l’assurance-crédit avaient commencé à se préparer à un ralentissement ou à une correction économique que beaucoup prédisaient pour 2020.

Au cours des 12 mois qui ont précédé la pandémie COVID-19, les différents acteurs de l’assurance-crédit avaient commencé à se préparer à un ralentissement ou à une correction économique que beaucoup prédisaient pour 2020. Pendant cette période, la plupart des assureurs ont revu leur portefeuille et ont commencé à ajuster leurs capacités et leurs primes en conséquence, pour se préparer à ce ralentissement.

L’épidémie de COVID-19 a non seulement accéléré cette baisse/correction, mais elle va presque certainement cristalliser les pertes pour les assureurs-crédit. Les arrêts de production qui en découlent mettent à l’épreuve les ressources et la solvabilité de nombreuses entreprises qui continuent de résister à la tempête. Certaines entreprises pourront procéder aux ajustements utiles de leurs modèles d’entreprise et avoir accès aux liquidités nécessaires, tandis que d’autres pourraient ne pas s’en sortir aussi bien. La plupart de ces entreprises sont confrontées à des questions essentielles :

  • Combien de temps peuvent-elles maintenir leur activité en fonction de leur niveau de trésorerie actuel ?
  • De combien peuvent-elles disposer avec leur facilité de crédit ?
  • Dans quelle mesure ont-elles accès à d’autres sources de capitaux et comment peuvent-elles les obtenir facilement ?

De nombreuses entreprises ont tiré sur leurs lignes de crédit afin de préserver leur trésorerie, avant de ne plus pouvoir respecter leurs engagements financiers et pour s’assurer qu’elles disposent des liquidités nécessaires pour financer leur activité pendant toute la durée de cette crise pandémique.

Les petites entreprises n’ont pas toutes accès à des liquidités supplémentaires et peuvent avoir besoin de gérer leurs opérations quotidiennes avec leur niveau de trésorerie actuel. Elles pourraient avoir du mal à maintenir leur activité sans une rapide reprise de l’économie. Malheureusement, beaucoup d’entre elles vont faire faillite.

Dans le secteur de l’assurance-crédit des faillites se sont techniquement déjà produites mais n’ont pas encore été concrétisées et signalées. En cette période de crise économique, nous allons continuer à assister à une augmentation des cas d’insolvabilité, car de plus en plus d’entreprises se rendent compte qu’elles ne peuvent pas survivre à cette crise des liquidités.

Cette crise peut changer fondamentalement de nombreux modèles d’entreprise, mais tant qu’il n’y aura pas eu de réouverture de l’économie et que nous ne saurons pas comment les consommateurs vont se comporter dans ce nouvel environnement, il s’agit de pure spéculation quant à l’avenir des entreprises.

Réaction des assureurs – Limites de crédit annulables

En ce qui concerne l’annulation de limites de crédit, des mesures stratégiques sont prises par les assureurs afin d’ajuster les couvertures des acheteurs à faible risque, dans les secteurs commerciaux ou zones géographiques les plus touchés par la pandémie mondiale. Tous les assureurs se préparent à un pic spectaculaire des cas d’insolvabilité dans le monde. Nous avons constaté une augmentation des audits des acheteurs, des réductions et des annulations de limites ainsi qu’une souscription très prudente pour les nouvelles demandes de limites.

Les assureurs envisagent la résiliation des polices dont le renouvellement est imminent et qui concernent des secteurs et des pays en difficulté. Bien que les assureurs devraient normalement tenir compte de la solidité de l’assuré/du vendeur, de l’antériorité de la police, de la structure et de l’historique des sinistres avant de prendre des mesures de limitation ou de non-renouvellement, la détérioration dramatique de la situation et l’incertitude sans précédent de l’environnement de crédit font qu’ils exigent un examen plus approfondi des risques pour l’acheteur.

Les trois principaux assureurs crédit monolines ont fait preuve de souplesse en revoyant leurs exigences en ce qui concerne les déclarations de créances impayées. Ils mettent à jour leurs positions de souscription au fur et à mesure de ces déclarations et des demandes d’indemnisation, en plus de prévoir les futurs effets économiques de la pandémie. Les équipes d’experts de Willis Towers Watson soulignent qu’il est nécessaire que les assureurs accordent un préavis raisonnable et qu’ils maintiennent une communication régulière avec nos clients afin de faciliter le réexamen et/ou le maintien des limites pour certains acheteurs dont la situation est critique et dont les limites pourraient être annulées.

Les secteurs les plus touchés sont les suivants :

  • Aviation
  • Loisirs et tourisme
  • Construction
  • Métallurgie
  • Pétrole et gaz
  • Textiles
  • Transport

Les avenants à effet rétroactif qui ont été émis par les compagnies d’assurance pour les acheteurs, sont une conséquence directe de la récession de 2008. Cela crée un atterrissage beaucoup plus doux pour les assurés en retardant l’impact immédiat des réductions et des retraits – sauf lorsque les informations sont matériellement défavorables.

Réaction des assureurs – Limites de crédit non annulables

L’avantage des polices à limites non annulables est évident en temps de crise, car les assurés ne sont pas touchés par des réductions ou des résiliations multiples de limites par les assureurs. Toutefois, ce type de polices est basé sur des pratiques qu’on qualifierait d’exemplaires en matière de credit management. L’assuré doit donc respecter l’obligation de diligence requise et arrêter les livraisons ou réduire sa propre limite de crédit discrétionnaire en cas de non-paiement ou de réception d’informations négatives, devenant ainsi un “ stop ” automatique de la couverture. En règle générale, vous disposez d’une clause d’arrêt des livraisons dont le seuil d’échéance des paiements dépasse 30 à 60 jours selon le secteur commercial et les conditions de paiement.

Dans les secteurs fortement touchés, les assurés devront faire preuve de discernement et suivre les directives en matière de crédit ainsi que le wording de leur police, peu importe si la limite est annulable ou non, et même si l’arrêt des livraisons n’a pas encore été amorcé. Pour conserver sa couverture, l’assuré ne doit pas effectuer de livraison s’il a connaissance ou s’il apprend des informations négatives susceptibles d’entraîner des pertes.

Étant donné la soudaineté et la profondeur de cette crise, on observe une pression importante mise sur les assurés pour qu’ils respectent les règles et les limites de leur police d’assurance-crédit. Comme il s’agit d’une situation inédite, il est très difficile de prévoir l’avenir, car il n’existe pas de modèle de reprise suite à une pandémie. La question suivante se pose alors : votre police couvre-t-elle des limites non annulables pour les secteurs les plus touchés ?

Cette pandémie et les faillites qui vont s’ensuivre mettront certainement à l’épreuve cette partie des polices d’assurance non annulable et nous suivrons de près leur évolution. Nous conseillons régulièrement à nos clients d’en parler avec leur assureur, de décrire les problèmes et les procédures entreprises pour gérer le risque afin de parvenir à un consensus dans les domaines qui soulèveraient des doutes.

Réaction des assureurs – Crise de 2008 vs. COVID-19

Il existe certaines similitudes entre ces deux périodes de récession économique. Dans les deux cas, une grande partie des réactions est basée sur une grande incertitude. Actuellement, nous ne savons pas comment la COVID-19 va évoluer, tout comme nous ne savions pas quel impact auraient les subprimes sur les institutions financières en 2008. La réaction face au COVID-19 a été atténuée principalement grâce au fait que les assureurs prévoyaient déjà un ralentissement ou une correction de l’économie avant cette pandémie et avaient déjà une bonne maîtrise du risque au sein de leur portefeuille. Le gouvernement qui a imposé des fermetures entrainant de nouvelles réductions et annulations, s’est ensuite aligné sur la réduction de la demande mondiale dans ces secteurs.

Lors de la crise de 2008, une grande partie du marché a été prise par surprise, ce qui a entraîné des réductions et des annulations massives de limites sans effet rétroactif. Ces suppressions ont pris effet le jour-même de la notification par l’assureur, laissant l’assuré sans protection pour les marchandises qui étaient prêtes à être expédiées ou engagées pour de futures expéditions.

Cette tache sur l’industrie a été traitée, après la crise, avec la mise en place par les assureurs, d’avenant à effet rétroactif pour l‘annulation des limites de crédit. Cet avenant permet à un assuré de continuer à bénéficier d’une couverture d’assurance pendant 30, 60, 90 ou même jusqu’à 120 jours, dans certains cas, après réception d’une annulation, à moins qu’un événement de défaillance ne se soit déjà produit.

Cet avenant à effet rétroactif permet une inflexion en douceur et une situation plus gérable pour de nombreuses compagnies actuellement touchées par les réductions et les annulations de limites.

Dans cette crise, la plupart des assureurs ont également fait preuve d’une plus grande souplesse et d’une meilleure compréhension des pressions auxquelles sont confrontés les assurés pour recouvrer les créances échues et maintenir la chaîne d’approvisionnement alors que l’activité économique reste temporairement gelée. De nombreux assureurs ont autorisé des limites discrétionnaires plus longues que celles prévues par les conditions mais également des déclarations de dettes en retard ou échues. Cependant, tous les assureurs n’ont pas offert les mêmes niveaux d’extension discrétionnaire. Même au sein d’un même groupe. Nous vous invitons à le vérifier auprès de votre chargé de clientèle chez Willis Towers Watson ou auprès de votre assureur. Pour les polices qui ne sont pas assurées par l’un des trois assureurs monolines ou lorsqu’il vous n’avez reçu aucune circulaire d’information, vous devez vous assurer que toute prolongation de déclaration et d’échéance au-delà des conditions de la police, a été négociée avec nous et que votre police a bien été modifiée afin de prendre en compte tout changement apporté.

Gestion des assurés et des renouvellements

En période de récession, la communication et la transparence entre le client, l’assureur et le courtier sont primordiales. L’échange d’informations permettra à chacun de traverser la crise et de préserver ainsi la valeur de la police.

Pour certaines polices plus complexes, nous estimons qu’il est nécessaire d’appeler régulièrement, une fois par semaine ou au minimum une fois par mois, votre assureur. En fonction des problèmes rencontrés, ces appels peuvent durer de 15 minutes à une heure selon l’horaire convenu et peuvent être documentés par des procès-verbaux si nécessaire. L’exécution de ce plan d’action permettra à toutes les parties de garantir le maintien de la couverture pendant cette crise tout en renforçant et en consolidant les relations.

Les taux des primes de renouvellement augmenteront très probablement – de 5 % à 20 % ou plus selon le secteur et la sinistralité. Les assureurs sont désireux de fidéliser et gérer leurs clients pendant toute la durée de cette crise. Ainsi, les niveaux de couverture et la structure des polices, comme les franchises, peuvent être plus adaptés que de simples augmentations de primes pour faire face à cette crise tout en maintenant et en renforçant les relations.

Couvertures de réassurance publique

Lors de la crise de 2008, la France a ouvert la voie avec un programme de réassurance soutenu par le gouvernement pour aider les entreprises françaises à soutenir leurs limites.

Dans le cadre de la crise actuelle du COVID-19, la plupart des pays européens mettent en place des dispositifs similaires, les assureurs s’engagent auprès des différents gouvernements pour organiser des mesures d’accompagnement qui assureront le maintien des limites de leurs entreprises locales. L’Allemagne et la France ont déjà annoncé l’approbation par l’UE de niveaux de réassurance de plusieurs millions d’euros pour les assureurs-crédit afin de maintenir les niveaux de couverture d’avant la crise, compte tenu de l’importance des assureurs-crédit pour les besoins en fonds de roulement de la chaîne d’approvisionnement. Le Royaume-Uni, l’Irlande et les États-Unis font actuellement pression sur leurs gouvernements respectifs pour en faire de même.

Il est important de noter qu’il ne s’agit pas de “ plans de sauvetage ” pour le secteur de l’assurance mais plutôt d’un soutien de la réassurance pour les compagnies d’assurance afin de maintenir les taux de couverture qui aide les PME, le middle market ainsi que les grandes entreprises à maintenir les échanges commerciaux à des conditions équitables. En 2008, le gouvernement français a généré un profit grâce à cet arrangement qui a permis à tout le monde d’être gagnant.

Solutions en période de crise et pendant la reprise

Le crédit inter-entreprises représente en France environ 700 milliards d’euros. Les entreprises accordent du crédit à ses clients afin de rester compétitives et développer leur chiffre d’affaires.

Ce crédit inter-entreprises engendre deux besoins :

  • La protection du poste client (Assurance-Crédit)
  • Le financement du BFR (financement court-terme)

Alors que le confinement a provoqué un ralentissement économique, la reprise va supposer également un défi pour les entreprises. La croissance du chiffre d’affaires, l’augmentation du cahier de commandes, la demande plus importante de délais de règlement et l’augmentation du BFR vont inévitablement impacter la gestion du poste client.

Dans ce contexte complexe marqué par les tensions du marché de l’assurance-crédit (baisse des couvertures, durcissement de la souscription etc.), il existe des solutions d’assurance et de financement de créances capables d’accompagner les entreprises.

  1. Pour les entreprises non assurées mais qui y pensent : les capacités restent disponibles tout autant que la volonté commerciale des assureurs mais la sélectivité est forte.
  2. Pour les entreprises déjà assurées et en cas d’écarts significatifs entre couverture du risque et encours réel, des solutions de rehaussement d’encours existent, hors schémas publics (Systèmes de type top up….etc), faciles à mettre en place et à gérer.
  3. Pour les sociétés dotées d’une procédure de crédit management, les offres de type excess vont retrouver une certaine audience.
  4. Affacturage : l’affacturage permet aux entreprises d’obtenir du cash en moins de 48h à travers la cession des créances client. Les factors sont mobilisés aujourd’hui pour mettre en place des solutions adaptées à la conjoncture en proposant du financement sur les créances échues et non couvertes par l’assurance-crédit.
Pour plus d’informations contactez :

Patrick Delisle
Directeur
Département Crédit et Affacturage

Chargé de clientèle
Département Crédit et Affacturage

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Premier réseau de courtage d’assurance en France et tout particulièrement en région, Gras Savoye traite toute la chaîne des risques : le conseil, la négociation des contrats avec les assureurs, la gestion des contrats et des sinistres.
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