Chronique : Premier trimestre difficile pour les (ré)assureurs bermudiens

La réassurance aux Bermudes continue de souffrir d’une pression tarifaire forte en raison d’une concurrence accrue, notamment du fait de l’augmentation des capitaux alternatifs disponibles au niveau mondial.

Dans ce contexte compétitif, c’est avant tout grâce à plusieurs acquisitions récentes que les acteurs bermudiens ont pu augmenter les primes émises brutes de 5,5% au cours du premier trimestre 2017 (17,5 milliards de dollars contre 16,6 sur la même période en 2016).

Cependant, la plupart a aussi dû augmenter ses réserves, suite à la décision prise par le Ministère de la Justice au Royaume-Uni de réduire le taux Ogden de 2,5% à 0,75% (ce taux est utilisé pour calculer le coût pour les assureurs des dommages corporels suite aux accidents automobiles). Les pertes pour les acteurs bermudiens s’élèveraient à 260 millions de dollars, soit un impact de 2,7% sur le ratio de sinistres au premier trimestre.

De plus, les catastrophes naturelles ont représenté 240 millions de dollars de pertes au cours du trimestre, soit 2,5% du ratio combiné (contre 1,2% l’an dernier). Ces pertes résultent de l’accumulation d’un nombre élevé de tornades, grêles et tempêtes d’ampleur moyenne, et non d’un événement majeur.

Les résultats d’investissements viennent compenser les moindres résultats techniques du premier trimestre (ratio combiné de 94.0% contre 90.7% pour le premier trimestre 2016). Portés par une amélioration des marchés financiers américains et par des taux d’intérêt en hausse, ils s’élèvent à 856 millions de dollars, soit une augmentation de 27,4% par rapport à la même période en 2016.

Les capitalisations boursières des acteurs bermudiens restent bien au-dessus de leurs valeurs comptables. Au 31 mars 2017, les Bermudiens s’échangent en moyenne à 1,19x leur valeur comptable. Les marchés continuent de les considérer comme des valeurs attractives. En effet, les attentes d’une régulation moins contraignante, de taux d’intérêt plus élevés et d’une plus grande croissance, liées aux orientations de la nouvelle administration américaine, leur profitent. La perception du marché a aussi bénéficié des stratégies de gestion du capital mises en place par les bermudiens : ils ont distribué 424 millions de dollars à leurs actionnaires, soit environ un tiers du résultat net, principalement via des programmes de rachats d’actions.

Les signes avant-coureurs d’une année difficile sont présents pour les réassureurs bermudiens : pression sur les prix, compétition accrue, sinistralité défavorable. Malgré cela, nous pensons que ces derniers peuvent compter sur leur bonne solvabilité et leurs bonnes pratiques en matière de gestion des risques pour faire face à cet environnement incertain.

Simon Virmaux
Analyste Junior, S&P Global Ratings