Chronique : Perspective stable pour les assureurs dommages US selon S&P Global Ratings

Les conditions de marché de l’assurance dommage américaine seront moins bonnes en 2017 qu’en 2012-2016 mais les assureurs sauront s’y adapter, selon nous.

Le ratio combiné devrait se détériorer au-delà de 100% cette année, en raison de la hausse des sinistres en assurance auto des particuliers. Ce segment représente à lui seul le tiers du marché de l’assurance dommages US. De plus, nous pensons que les boni de liquidation de réserves techniques seront moins robustes que lors des 5 dernières années. Enfin la persistance de taux d’intérêts bas fera baisser la rentabilité des investissements.

Néanmoins, nous estimons que la discipline des assureurs américains dans la souscription des risques, l’analyse des données et la rétention des clients devrait amortir le choc du renversement de tendance du marché. De plus, le niveau toujours historique des excédents règlementaires de réserves techniques au 30 juin 2016 soutient les notations. Les assureurs américains restent selon nous prudents dans leur politique d’investissement et leur recours aux opportunités de réassurance, préférant ne pas augmenter leur profil de risque. Si elle devrait raccourcir le cycle de marché baisser, cette discipline nous paraît toutefois à double tranchant : la lenteur des assureurs américains à couvrir de nouveaux types de risques (tremblements de terre, inondations, cyber risques) laisse la porte ouverte à de nouveaux entrants non-traditionnels.

L’innovation technologique dans l’assurance dommages, communément dénommée ‘InsurTech’, touche notamment l’interconnectivité et les véhicules autonomes. Ces derniers en sont encore à leurs débuts et la règlementation et les exigences de capitaux de l’assurance constituent de fortes barrières à l’entrée. Nous considérons donc InsurTech comme un complément aux assureurs, plutôt que comme un substitut. Certaines innovations comme les véhicules autonomes ne bouleverseront pas le marché de l’assurance automobile avant 15-20 ans, compte tenu du temps requis pour la généralisation de ce genre de solutions à la majorité du parc automobile. A court-terme nous notons que les assureurs se focalisent sur la digitalisation et l’automation de leurs systèmes informatiques, aujourd’hui généralement assez désuets pour le secteur de l’assurance.

L’administration Trump ne cache pas son goût pour la déréglementation. Bien que des prévisions sur ses projets soient prématurées, nous sommes d’avis qu’un règlement clé –le Dodd-Frank– pourrait être révisé ou annulé, quoique cela nécessiterait l’approbation du Congrès américain à une large majorité. Une révision complète de Dodd-Frank n’aurait pas de conséquences négatives immédiatement pour les notes des assureurs car nous nous attacherions en premier lieu à en analyser les implications potentielles sur les exigences de fonds propres et de liquidité.

Taos Fudji, Directeur, S&P Global Ratings