Assurance retraite : Quel avenir pour le modèle social suédois dans un contexte de crise ?

La crise qui touche l’économie mondiale depuis l’automne 2008 a heurté de plein fouet la Suède. Ce qui l’a incitée à poursuivre la réforme de son système de protection sociale.

La Suède, pays dans lequel l’espérance de vie est l’une des plus longues au monde, a cherché dans les années 90 des solutions aux difficultés de financement à venir de son système de retraites. Plutôt que de réformer le dispositif en place, le pays a opté en 1998 pour la mise en place d’un système totalement nouveau, qui a fait consensus entre la gauche et le centre-droit. Si cette refonte a été facilement acceptée, c’est sans doute parce qu’elle a été opérée plus de 20 ans avant que les fonds ne viennent à manquer, et que l’entrée en vigueur du nouveau système se fait de manière progressive. Ainsi, seules les générations nées à compter de 1954 se verront intégralement appliquer le nouveau mode de calcul des pensions.

Le régime public de retraite, précédemment à prestations définies, recouvre désormais deux régimes à cotisations définies : l’un, par répartition, dont le taux de cotisation s’élève à 16% ; l’autre, par capitalisation, dont le taux de cotisation est de 2,5%. Le régime par répartition repose sur des comptes individuels de retraite, dits « comptes notionnels », sur lesquels sont créditées les cotisations retraite versées par le salarié et son employeur.

La pension perçue dépend des droits accumulés sur ces comptes virtuels au moment de la liquidation ainsi que de l’espérance de vie de la génération concernée. Plus celle-ci est importante, plus la somme perçue mensuellement sera faible. La liquidation peut intervenir à compter de 61 ans. L’évolution des pensions pendant la retraite est fonction de l’évolution du salaire moyen, amputée de 1,6%, taux considéré comme la tendance à long terme de la croissance réel de ce revenu. Les retraités bénéficient donc de gains de pouvoir d’achat si les revenus réels d’activité croissent à un taux supérieur, mais peuvent aussi voir leur pouvoir d’achat amputé dans le cas contraire.

Ce système restant potentiellement porteur de déséquilibres financiers, les autorités suédoises ont instauré un mécanisme d’équilibre automatique des comptes. Ce dernier se déclenche si, pour une génération donnée, les ressources du régime (la somme des réserves accumulées et celles des cotisations à percevoir à l’avenir) deviennent inférieures aux engagements de retraite pour cette même génération. Ce mécanisme a été activé pour la première fois l’an dernier, suite à la crise financière de l’automne 2008, qui a fait chuter la valeur des actifs du fonds de réserve, et plongé le régime par répartition dans le rouge.

Conséquence : les pensions du régime public liées au revenu vont diminuer de 3% cette année, après s’être accrues de 4,5% l’an passé. Et encore : elles auraient baissé de 4,2% cette année si le gouvernement n’avait pas fait voter à l’automne dernier la mise en place d’un mécanisme de lissage sur trois ans de la valeur de marché des actifs du fonds de réserve.

Des réductions d’impôts ont en outre été consenties aux retraités pour amortir cette diminution des pensions versées.
Le système de retraites suédois recouvre également deux autres piliers : les régimes complémentaires et les régimes privés. Les régimes complémentaires, mis en place dans le cadre des conventions collectives, couvrent 90% des salariés du pays. En 2008, ils ont été à l’origine de 20% du montant des pensions versées, contre 75% pour le régime de retraite public, et 5% pour les contrats privés.

Le niveau de retraite moyen est actuellement de 13 000 couronnes par mois environ (soit quelque 1 300 euros). L’Etat finance pour sa part un minimum garanti, de l’ordre de 600 à 700 euros mensuels selon que la personne est mariée ou vit seule, ainsi que des pensions de réversion et des pensions d’invalidité.

Source : Voyage d’étude en Suède dans le cadre du premier cycle IHEPS mai 2010 « Protection sociale et compétitivité »