Sidiki Cissé un futur actuaire qui roule sa bosse

    Sidiki Cissé – Un chargé d’études du service Actuariat Produit de la Maif de la Côte d’Ivoire à la France en passant par le Maroc. 

    Un clavier résonne dans les couloirs, seul dans son bureau, Sidiki Cissé est en plein travail. Visage fermé, regard concentré il tapote sur son clavier à un rythme régulier. Dès qu’il nous aperçoit son visage s’éclaire, il nous reçoit avec un grand sourire et une poignée de main franche. Légèrement intimidé, le tutoiement s’impose assez rapidement et l’entretien ressemble plus à une conversation amicale, qu’à une interview.

    Sidiki, 28 ans, est chargé d’études au sein de l’Actuariat Produit à la Maif, il se raconte complétement, sans gêne, sans stress.

    Il parle de son arrivée en France en 2006, de l’adaptation, de ses études, de son mariage en Côte d’Ivoire en 2013, de sa petite fille, il se dévoile sans filtre.

    De nationalité Ivoirienne, Sidiki est né à Abidjan. Il quitte son pays et sa famille à tout juste 18 ans. « En 2004 la situation du pays était compliquée, mes parents avaient les moyens donc, ils m’ont envoyé étudier à l’étranger», raconte-t-il, et se lance dans des études d’Économie à l’université de Fès. « Ces deux ans à Fès m’ont permis de découvrir une autre culture, ça m’a permis d’appréhender divers horizons », elles l’ont fait grandir aussi.

    Après le Maroc, il tente la France, est admis à la fac de Toulouse, mais à cause de problèmes administratifs ne peut pas finaliser les inscriptions. Il trouve finalement une licence d’analyse économique qui lui plaît à Poitiers. Le voilà donc en France, en Poitou-Charentes, encore un peu plus loin des siens. « C’est un autre style de vie admet-il, mais comme j’étais bien entouré et soutenu par des amis. »

    Sidiki est un jeune homme sérieux, la tête sur les épaules, il mène une vie tranquille. « J’aime rentrer chez moi le soir retrouver ma femme et ma petite fille de 18 mois et regarder des mangas une fois qu’elle est couchée » confie le jeune homme. Il se décrit même comme un « papa-gâteau ». Après leur mariage, sa femme, elle aussi Ivoirienne, a dû rester en Côte d’Ivoire. Il a vécu les premiers mois de sa fille à distance, par Skype. Sidiki a enfin réussi à les faire venir grâce au regroupement familial, il y a 8 mois. « Nous avons tous eu besoin d’un moment d’adaptation, ça a été plus facile pour la petite que pour nous », lâche-t-il dans un éclat de rire.

    Notre jeune papa aime le sport. Ancien judoka, il commence l’Aikido pour s’initier à un nouvel art martial, « je découvre ce sport, je m’amuse», raconte-t-il. Sidiki s’est posé la question de retourner vivre en Côte-d’Ivoire : « je me suis renseigné sur l’état du marché et les perspectives, mais en Afrique il reste beaucoup à faire, notamment en Afrique de l’ouest. Le marché n’est pas assez développé et ceux qui sont là-bas, les assureurs vont chercher les connaissances/ressources qui leur manquent en Europe et en France. Peut-être plus tard… »

    L’assurance par les stats

    Comme beaucoup, il découvre l’assurance par hasard. Engagé dans des études d’économie pure, il se lance dans le Master de statistique et d’Actuariat à Niort, « je ne connaissais pas du tout l’assurance, j’ai choisi ce master parce que je suis allé chercher les stats, et j’ai découvert l’assurance. J’aime bien. » Sidiki fait son stage de fin d’études à la Maif, il est d’abord embauché en CDD puis le temps que la procédure de permis de travail aboutisse en CDI.

    Quand Sidiki parle de son travail, on le sent passionné, « je trouve l’actuariat très intéressant. Comme je suis sur la tarification, j’ai une vue sur tous les projets d’offres (nouveaux produits). Je peux ainsi avoir une vision plus globale de l’activité. »

    Pour lui, l’assurance est un secteur d’avenir mal compris par la société, « la société est devenue risquophobe. Les gens veulent prendre le moins de risques possible. Il faut développer la culture assurantielle et puis les gens ne comprennent pas que s’assurer ne veut pas dire que l‘on peut faire n’importe quoi », estime-t-il, avant d’ajouter « il faut faire un travail de pédagogie, et éduquer plus les populations aux risques. », on constate aussi qu’il a bien intégré les valeurs de la Maif quand il enchaîne en disant : « les assureurs doivent aussi plus s’appliquer dans les conditions générales, il ne faut pas les banaliser. »

    Il juge que le secteur entre dans une phase de grandes transformations, et que les assureurs devront s’adapter à ces évolutions s’ils veulent ne serait-ce que garder leurs positions sur le marché.

    Dans son analyse, inconsciemment, il met en avant les nouvelles priorités stratégiques de son entreprise : « Il y a les jeunes qui modifient leur façon de penser, consommer et d’appréhender les conditions contractuelles avec l’économie collaborative et la révolution numérique, puis le Papy-boom avec toutes les thématiques de dépendance, de prévoyance, de retraite. Les assureurs doivent apprendre à vivre avec leur temps. » juge le jeune homme.

    Sidiki Cissé n’a pas dit son dernier mot, il entend bien passer son diplôme d’actuaire avant, qui sait, de tenter l’aventure du retour en Côte-d’Ivoire.