Prévoyance collective : l’enjeu de la distribution

    Les PME/TPE, nouvelles clientes en prévoyance d’entreprise, sont peu enclines à couvrir leurs salariés contre des risques lourds (invalidité, incapacité, décès). La distribution reste encore lente pour les assureurs.

    Avec la fin des clauses de désignation, l’enjeu de la prévoyance collective a grandi pour les assureurs qui cherchent à multi-équiper les salariés des entreprises et les TNS. Pour les assureurs, l’ANI et de sa complémentaire santé obligatoire en entreprise représentent une opportunité de couvrir dans le même temps les entreprises en prévoyance collective. Mais la tâche reste difficile. Pour l’heure, la prévoyance collective a du mal à décoller.

    Chez April par exemple, « la prévoyance collective représente quelques millions d’euros de collecte par an, en 2015, c’est une part faible de l’équipement santé », estime Roger Mainguy, directeur général d’April Santé Prévoyance. Les nouveaux clients, essentiellement les PME/TPE, sont en effet plus difficiles à équiper. « 21% de nos nouveaux clients ciblés par l’ANI sont aussi équipés en prévoyance alors que 75% de notre portefeuille d’anciens clients le sont », constate Sébastien Demichelis, directeur technique, prévoyance et santé de Groupama Gan Vie. En effet, «selon les enquêtes, les Français restent peu préoccupés par le sujet de la prévoyance individuelle ou collective alors qu’elle constitue une vraie protection sociale des salariés », explique Sébastien Demichelis,

    L’ANI et l’obligation de s’équiper en complémentaire santé collective a été très concentrée sur la fin de l’année 2015 et n’a pas poussé les entreprises non plus à se couvrir en prévoyance. La fibre sociale n’est pas la plus développée parmi les entreprises qui ont choisi le dernier moment pour respecter la loi. « Le souci d’équipement en prévoyance d’entreprise reste à l’initiative des chefs d’entreprise, et ils ne sont pas très proactifs sur le sujet », avance Roger Mainguy. Les contrats de prévoyance ont également été relégués au second plan avec l’ANI. « On a changé de cycle : avant, on commençait par équiper les entreprises avec des produits de prévoyance (obligatoire pour les cadres) puis on proposait des complémentaires santé. Aujourd’hui c’est l’inverse », souligne Sébastien Demichelis.

    Pour rappel, pour les entreprises de 10 à 20 salariés, le taux d’équipement en prévoyance était de 69% en 2010 selon une enquête CSA pour la FFSA, dernier chiffre à l’appui. Quant aux cotisations (pour les sociétés du code des assurances), elles ont augmenté de 3% en 2015, passant de 11,7 milliards d’euros l’année précédente à 12 milliards d’euros. Les cotisations pour les décès toutes causes ont progressé de 1% à 6,9 milliards d’euros et les cotisations des contrats pour incapacité, invalidité, dépendance et décès accidentel ont augmenté de 6% à 5,1 milliards d’euros en 2015, selon les premières estimations de l’Association Française de l’Assurance.

    Cependant, la prévoyance collective pourrait monter en régime pour les assureurs avec la fin des clauses de désignations, censurées par le Conseil constitutionnel en juin 2013. Les entreprises pourront suivre des recommandations d’organismes assureurs ou non. Jusqu’à fin 2017, des accords de branche vont donc tomber, laissant du champ à la concurrence.