Dossier : Ambiance orageuse au sein de la mutualité

    Entre les différents facteurs réglementaires et légaux, qui viennent impacter l’environnement de la mutualité et une mauvaise communication au sein de la famille mutualiste, 2013 a démarré dans la cacophonie générale pour les mutuelles 45.

    La mutualité a été chamboulée durant ce premier semestre. Chahutées l’année dernière avec leur entrée en fiscalité progressive, les mutuelles se sont affolées avec la signature de l’ANI et la généralisation de la complémentaire santé le 11 janvier 2013 par les partenaires sociaux. Désorientée donc, au point de créer une grande cacophonie autant interne qu’externe au sein de la mutualité.

    L’ANI, le grand chambardement

    Généralement spécialisées sur la santé individuelle, les mutuelles 45 ont dû élaborer des stratégies pour pouvoir faire face au futur basculement du marché individuel vers le collectif. L’échéance de la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés est à trois ans, certes, mais pour elles c’est toute une culture qu’il a fallu revoir dès les premiers mois de l’année.

    Avec les clauses de désignation supprimées, puis réintégrées, puis supprimées, beaucoup se sont agitées, peut-être trop vite, et ont d’emblée engagé des stratégies de regroupement ou d’alliance avec des grands groupes. “Les mutuelles affolées par l’ANI ont cherché à s’abriter derrière des partenaires sociaux pour pouvoir récupérer les miettes et assurer leur survie. Certaines n’essayaient pas de combattre. Pour des raisons qui ne sont pas toujours objectivées, on a tendance à penser dans le business que “big is beautiful”, explique Olivier Arroua, associé du cabinet Selenis.

    Exemple, la MGP, Intériale et Unéo réfléchissent à créer un géant mutualiste. Par ailleurs, La Mutuelle Générale a annoncé lors de sa conférence de presse de résultats 2012 qu’elle étudiait un partenariat avec un grand groupe de protection sociale pour la rentrée.

    Se recentrer sur les valeurs mutualistes

    Dans une ambiance tendue, les mutuelles cherchent des stratégies afin de survivre (pour certaines). D’autres, si l’on en croit les bruits de couloirs, élaboreraient des plans pour accroitre leurs bénéfices et jouer dans la cour des assureurs en oubliant leurs valeurs mutualistes. Sur ce dernier point, les esprits s’échauffent.

    Les fédérations mutualistes, ADPM, Fnim, et FNMF pour ne citer qu’elles, ne regardent pas toutes dans la même direction. La Fnim dit, par la voix de son président Philippe Mixe, ne pas courir après l’excédent de revenus et reproche à certaines mutuelles 45 de se détourner de leurs valeurs pour servir de quelconques intérêts.

    Mais qu’est ce que sont les valeurs mutualistes ? Une grande question. Ce qui est sûr c’est que les mutuelles ont une gageure morale d’aide sociale. Se recentrer sur cette action semble être primordial. “Oui, il faut que nous développions l’action sociale et la prévention. Ces facettes là de notre activité sont aujourd’hui moins visibles mais je le regrette. Il faut que le mouvement mutualiste favorise encore plus ses particularités: son côté démocratie, non lucratif, social, territorial et son action de prévention”, explique Philippe Mixe, président de la Fnim.

    Discorde au sein de la Mutualité 45

    Autre point bloquant pour les mutuelles : la communication n’est pas toujours bonne entre mutualistes. Les points de vue s’affrontent. La FNMF par exemple choisit souvent des stratégies de communication ou opérationnelles très différentes de celles adoptées par la Fnim. A moins que ce ne soit le contraire, dans un soucis de différenciation ?

    Preuve en a été lors de la réunion organisée par la Commission des Affaires sociales du Sénat avec les différents représentants des organismes complémentaires au sujet de la Ppl Leroux (qui vise à autoriser les mutuelles à conventionner avec des réseaux de soins). La FNMF et la Fnim n’ont pas eu le même argumentaire au sujet des paiements différenciés pour les adhérents qui se rendraient dans les réseaux de soins. La Fnim a déclaré ne pas vouloir devenir “prescripteur et acheteur de soins“, quand la FNMF, par la voix de Jean-Martin Cohen Solal son délégué général, pense que pratiquer des remboursements différenciés reviendrait à adopter une stratégie “gagnant-gagnant”. Bien que la Fnim soit beaucoup moins importante en nombre de mutuelles adhérentes, il est possible de déplorer que les deux fédérations mutualistes ne parlent pas d’une même voix.

    Discorde encore dans le combat qui a opposé partenaires sociaux et mutuelles-courtiers dans le dossier des clauses de désignation de l’ANI. La Fnim, à travers l’Apac, est tout de suite montée au créneau et a fait du lobbying auprès des sénateurs et députés pour que ces clauses soient exclues du projet de loi. La FNMF, de son côté, grande fédération s’il en est, est restée muette. Étonnement dans le secteur puisque tous attendaient les directives de la grande fédération et son point de vue sur le sujet. Même la FFSA, s’est clairement positionnée pour une suppression des clauses de désignation, dans un début d’année qui rappelle que l’union fait la force.

    Crédit photo : Flickr commons creative / ComputerHotline