Assiste-t-on à la mise à mort de l’assurance-vie ?

    Si les chiffres de la décollecte des trois avant-derniers mois de l’année 2011 sont à la fois liés à des raisons structurelles et conjoncturelles, le véritable fait remarquable concernant l’assurance-vie est sans doute moins la décollecte que la réorientation de l’épargne.

    3,3Mds d’euros, c’est le montant de la décollecte en assurance-vie pour le mois de novembre 2011. Alors que la FFSA a annoncé trois mois consécutifs pendant lesquels les retraits avaient été supérieurs aux versements, aucune raison qu’il en soit autrement pour le dernier mois de l’année, peu propice à l’épargne.

    Bernard Spitz, président de la FFSA, disait au micro de Radio Classique qu’il ne fallait pas « tomber dans le catastrophisme », rappelant que depuis 12 mois « les versements nets sont positifs à + 15Mds», ajoutant « ce n’est pas parce qu’à un moment les choses vont moins bien qu’il faut tomber tout de suite dans le catastrophisme. » Avec un encours de 1.370,8Mds d’euros, en hausse de 3% par rapport sur un an, l’assurance-vie reste bien en tête des placements des Français.

    Si d’aucuns demandent de ne pas crier au loup au premier signe négatif, reste malgré tout que s’agissant du premier événement de ce type de 2008, année de tous les maux, la question mérite d’être posée. D’autant que la décollecte dépasse celle de 2008 qui s’élevait alors à 3,1Mds. Qu’arrive-t-il à l’assurance-vie ? Clairement, l’année 2011 a bien été une année difficile pour l’assurance vie, notamment les contrats en euros.

    « L’assurance-vie est en train de vivre un véritable effet prestation »

    « L’assurance-vie est en train de vivre un véritable effet prestation » commentait Gérard Bekerman, président de l’Afer au micro de news assurances. La première raison est structurelle, liée au vieillissement du portefeuille. Arrivée à l’aube de sa troisième vie, la génération du baby-boum utilise son épargne. « Il ne faut pas s’étonner, dans nos modèles, les retraits augmentent naturellement tous les ans. L’épargne placée sur les contrats d’assurance-vie est faite pour ça », explique Philippe Jean Dit Berthelot, président du directoire de Mutavie à la MACIF.

    Une forte partie est également conjoncturelle, liée à la crise et les épargnants utilisent leur argent pour les besoins liés à la consommation. Mais au-delà du besoin de liquidité, l’un des premiers sentiments naturels de l’homme est le besoin de sécurité, et dans ce contexte de crise des marchés et d’angoisse projetée par les médias l’assurance-vie ne subirait-elle pas une crise de confiance de la part des Français ?

    « La grande caractéristique de l’année 2011, ce n’est pas une baisse des versements, c’est vraiment  une augmentation forte des retraits pour se réorienter vers  d’autres produits »

    Le couperet de l’abaissement d’un cran de la note souveraine de la France vient de s’abattre et la menace d’une contagion des banqueroutes pèse comme une épée de Damoclès. Certains épargnants craignent que les assureurs mettent leur argent dans des placements risqués tels que les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce  et Espagne).

    Au cours des annonces successives sur les taux de rendements qui rythment ce début d’année, les assureurs garantissent tous avoir ont réduit leur exposition aux pays en difficulté, mais ces phénomènes étant sans doute moins médiatisés que celui des risques pris par Groupama, les épargnants ne n’identifient peut être pas toujours les stratégies opérées par les acteurs du secteur.

     « Les contrats d’assurance-vie étant majoritairement investie en obligations d’état, cela crée quelques angoisses chez nos épargnants. La grande caractéristique de l’année 2011, ce n’est pas une baisse des versements, c’est vraiment  une augmentation forte des retraits réalisée par nos épargnants pour répondre à leurs besoins de liquidité ou se réorienter vers d’autres produits. Les bancassureurs les ont sollicité afin de rediriger une partie de cette épargne vers les livrets bancaires. Certains, pour diversifier leurs placements, se sont aussi tournés vers l’immobilier », précise Philippe Jean Dit Berthelot.

    Car si l’argent est retiré pour être utilisée ou réorientée vers d’autres produits, les nouveaux entrants restent en hausse. Ce qui prouve que si la situation économique actuelle n’est pas des plus propices à l’épargne, l’assurance-vie reste un produit intéressant pour les épargnants qui ont une vision à moyen et long terme.