Epargne : L’analyse des placements des ménages en 2011 montre un fléchissement de la collecte de l’assurance-vie, des retraits sur les OPCVM et la progression des produits bancaires

Dans un contexte de croissance atone, l’année 2011 a été marquée par une évolution des placements financiers des ménages : fléchissement de la collecte de l’assurance vie, retraits sur les OPCVM et sensible progression des produits bancaires les plus liquides.

C’est ce qui ressort de l’étude menée par le secrétariat général de l’Autorité de contrôle prudentiel et la direction générale des Statistiques de la Banque de France à la fin 2011.

À ce stade, les évolutions enregistrées paraissent tenir davantage à l’évolution des rendements relatifs des produits et à la volonté des ménages de privilégier la disponibilité de leurs placements : le différentiel de taux de rémunération entre les différents produits d’épargne s’est resserré et les ménages ont diversifié leurs placements dans une optique de précaution.

Les groupes de bancassurance, qui ont fait l’objet d’entretiens spécifiques, ne semblent pas, au regard de leur performance relative par rapport à l’ensemble du marché, avoir « ré-intermédié » les placements de leur clientèle car ils distribuent une gamme complète de produits financiers.

Ces évolutions sont encore trop récentes pour témoigner d’un changement durable de comportement des épargnants, tout en soulignant des tendances structurelles : incertitudes sur le régime fiscal dans les années à venir, évolutions démographiques… qui peuvent influer sur les comportements d’épargne de façon au demeurant diverse et pour partie incertaine.

La modification des comportements d’épargne des ménages ayant des conséquences importantes pour le financement du secteur financier comme celui du secteur réel, par exemple dans la dynamique des prix immobiliers, le secrétariat général de l’ACP, en liaison avec la direction générale des Statistiques et la direction générale des Études de la Banque de France, continuera de suivre la réallocation des placements financiers des ménages. Le secrétariat général de l’ACP s’attachera tout particulièrement à mesurer son incidence sur la situation financière et les modalités de gestion de la liquidité des grands groupes de bancassurance. Des entretiens avec les principaux groupes de la Place seront organisés à intervalle régulier.

Cette approche sera élargie au suivi des dépôts des grandes entreprises, pour la collecte desquels la concurrence entre établissements s’intensifie.
Enfin, pour s’assurer que les établissements de crédit font preuve de prudence dans la recherche de leurs ressources clientèle, comme le Gouverneur l’a rappelé en 2011 et au début de cette année lors des voeux à la Place, le secrétariat général de l’ACP a collecté des informations auprès des principaux groupes bancaires sur les conditions de rémunération des livrets ordinaires et des comptes à terme de la clientèle et la direction générale des Statistiques recueillera périodiquement des informations quantitatives sur la rémunération de ces derniers.

1. Le contexte général
Les flux nets des placements financiers des ménages, exprimés en cumul sur les quatre derniers trimestres, ont fléchi à partir du troisième trimestre 2011, passant de 92,2 milliards d’euros à fin juin 2011 à 72,8 milliards d’euros à fin décembre.

Ce fléchissement s’est accompagné d’une modification de leur structure. Depuis la mi-2010, les placements auprès des banques ont ainsi connu davantage de succès que les produits non bancaires, processus qui s’est accentué au second semestre 2011 : les flux nets de placements en épargne bancaire ont atteint pour la première fois 20,2 milliards d’euros au quatrième trimestre.

Cet accroissement des placements bancaires n’est pas propre aux ménages, puisqu’elle touche aussi la clientèle des entreprises non financières.

2. La collecte des principaux groupes de bancassurance2 a été comparable à celle de l’ensemble du marché sur les trois produits considérés
L’étude a en outre montré que s’agissant des groupes de bancassurance :
• le ralentissement de la collecte d’assurance vie des groupes de bancassurance n’a pas été supérieur à celui du marché ;
• les retraits des OPCVM ont concerné à la fois les OPCVM monétaires que les OPCVM non monétaires (hors FCPE) ;
• la collecte sur les livrets bancaires, notamment sur le livret A, a été également très forte.

3. Ces évolutions apparaissent davantage imputables à l’évolution des rendements des produits et au désir des ménages de disposer d’une épargne disponible

L‘écart de rendement net d’impôts entre les produits d’assurance vie et les produits bancaires s’est en effet réduit, incitant les ménages à se tourner vers les produits bancaires, notamment vers les produits défiscalisés, même si l’assurance vie reste le principal véhicule de leurs placements.

En outre, les ménages auraient cherché à diversifier leurs placements ou à retirer leurs fonds pour les utiliser à des fins variées : dépenses de consommation qui auraient été usuellement financées par un crédit, achats immobiliers au comptant (au titre notamment des investissements effectués sous le régime de la loi Scellier) ou remboursement anticipé de crédits immobiliers.

Plusieurs établissements privilégient le développement des comptes à terme mais ils ne paraissent pas souhaiter se lancer dans, ni subir, une lutte intense pour la collecte des dépôts des ménages, considérant notamment que les taux de refinancement sur le marché restent encore inférieurs au taux de rémunération des dépôts qui devrait être pratiqué pour attirer la clientèle.

À ce stade, les groupes de bancassurance indiquent ne pas chercher à amplifier les arbitrages des particuliers pour réduire leur ratio crédits/dépôts ou pour anticiper une mise en conformité avec la nouvelle règlementation de Bâle 3 sur la liquidité. Ils adopteraient une démarche prudente dans leurs conseils en matière d’épargne des particuliers, notamment vis-à-vis de ceux détenant des portefeuilles importants. Ces conseils porteraient sur l’allocation des flux d’épargne nouvelle et non sur d’éventuelles réallocations de stocks, voire seraient marqués par une certaine « neutralité » et viseraient surtout à stimuler la croissance de l’ensemble des placements financiers collectés par les groupes.

Source ACP – Banque de France