Dossier : Un colonel expert de la transformation chez Humanis

    Guillaume Ancel était programmé pour occuper les plus hautes fonctions dans l’armée de terre. Ce colonel a préféré en démissionner pour tenter de nouvelles aventures, d’abord à la SNCF puis chez Humanis ou il est directeur de la gouvernance institutionnelle. Sa carrière s’est faite autour de deux idées forces : mobiliser des hommes et des femmes pour les aider à affronter un environnement en évolution profonde. Pour lui, la transition de l’uniforme au monde civil impose une grande introspection.

    Quand un militaire part dans le civil, il doit accepter des codes et des enjeux différents“. Guillaume Ancel, directeur de la gouvernance institutionnelle d’Humanis et secrétaire de son comité exécutif depuis l’an dernier, tient un discours iconoclaste sur l’armée de terre. Sans regretter les vingt ans qu’il y a passé, puisqu’il considère Saint-Cyr comme “la seule école à enseigner ce qu’est le management“.

    Rien ne le prédestinait au métier des armes. Il grandit à Lyon dans une famille d’entrepreneur. Mais l’enseignement des écoles de commerce lui semble loin des réalités des entreprises. Il entre donc à Saint-Cyr. Ses origines de bourgeois lyonnais sans tradition militaire familiale sont accueillies fraîchement. “A l’époque, les armées étaient très repliées sur elles-mêmes” se souvient-il. L’élève-officier s’accroche et sort bien classé de Coëtquidan. Il sert avec la Légion au Cambodge, à Sarajvo, au Rwanda (dont il tirera un roman récemment publié ‘Vent sombre sur le Lac Kivu), et à Mostar. L’époque coïncide avec une profonde mutation de la défense : “nous sommes passés d’un modèle de gros bataillons armés par des appelés à des unités légères, polyvalentes et agiles, à l’affut d’innovations” explique-t-il admiratif.

    A 39 ans, il pilote les restructurations de l’armée de terre. Lui qui plaide pour des structures poids mouches et des carrières courtes d’officiers, “ne se voit pas vieillir inutilement“. A force de professer le changement, Guillaume Ancel décide de sauter sans filets : à la veille de devenir “colonel plein”, il démissionne et fait une croix sur sa future retraite !

    Sans négliger son atterrissage. D’abord avec un DEA de management socio-éducatif et un diplôme de la Fondation européenne pour la qualité du Management à Bruxelles. Brigitte Lemercier (Russell Reynolds) et Jean-Pierre Menanteau l’épaulent. Ce dernier le fait venir à la SNCF, comme directeur des Transiliens à Saint-Lazare, puis comme patron de la Région Champagne-Ardennes. Il découvre “une entreprise encore plus hiérarchisée que l’armée de terre, à la veille de l’ouverture de son marché à la concurrence“. Contre toute attente, la transformation s’opère. “Ce ne sont pas les salariés qui sont hostiles au changement. Les blocages sont souvent le fait de responsables qui en ont peur. Quand ils comprennent sa nécessité, les hommes et les femmes sont prêts à bouger” insiste-t-il.

    En 2013, il rallie Humanis, avec une feuille de route claire qu’il définit ainsi : “préparer ses 6.000 salariés à se projeter dans un environnement de plus en plus concurrentiel”.
    Rares sont les anciens officiers à remiser leur treillis sans états d’âme. Une telle remarque étonne Guillaume Ancel. Tout comme l’aversion de ses frères d’armes envers l’argent : “c’est la contrainte financière qui fixe de la mission” rappelle-t-il. Avant un dernier conseil à ceux tentés par son exemple : “Il faut vraiment accepter l’idée qu’on a quitté le monde militaire”.